Méditer doucement pour prendre le temps de savoir si « ça va ? », de ressentir « comment ça va ? » et éventuellement d’accueillir et de reconnaître un « non, ça va pas ! » pour le ressentir dans l’authenticité et la bienveillance.
Très souvent dans la vie quotidienne j’entends quelqu’un lancer un « ça va ? » auquel quelqu’un d’autre répond généralement un « ça va ! » sans fioriture qui, au fond, est aussi une manière de dire « salut, hello, bonjour, coucou » .
Le « ça va », c’est cette formule typiquement française sur laquelle je me suis amusée à faire quelques recherches sur internet. On découvre par exemple dans un site de français langue étrangère qu’il est assez délicat pour les étudiants étrangers de saisir toutes les subtilités du « ça va » de la langue française.
Ce thème du « ça va » /« ça va pas » s’inscrit dans le cycle de méditations dédiées à la vulnérabilité. Car je trouve qu’il le prolonge assez bien. Spontanément, nous nous rendons compte que dans le « ça va », il y a un niveau qui correspond à de la pure politesse. C’est comme un bonjour et c’est, en fait, une question purement rhétorique : le « ça va ? » induit et n’attend qu’une seule et bonne réponse : « oui, ça va ».
Si je croise deux anciens élèves :
« bonjour ça va ? »
« oui ça va »,
vous aussi ? ça va ?
« Oui oui super » ou « oui ça, va bien merci ».
Reconnaissons d’abord que, dans la plupart des cas, on n’a pas vraiment eu le temps de développer la réponse. Comme dans le premier exemple ou comme avec les élèves, il arrive qu’on se croise en marchant. Et, alors, on n’a pas l’intention de s’arrêter. On peut même se croiser dans un couloir bondé ou sur un trottoir très passant ou à la caisse d’un magasin. Et parfois, l’un des interlocuteurs est carrément au téléphone. Dans la plupart des cas, on est même en public, presque toujours entre deux activités, voire déjà en retard. Et donc, il faut l’accepter : les « ça va » sont en fait une simple salutation. Et c’est tant mieux car on n’a pas le temps de prendre le temps.
Par ailleurs, il nous faut reconnaître qu’en réalité, on n’a pas tout à fait envie de savoir exactement et précisément comment vont les autres. Observons qu’honnêtement, pris dans la moulinette du quotidien et dans nos propres hauts et bas, nous n’avons souvent pas un espace intérieur suffisant pour accueillir correctement une réponse du style « non ! Ça ne va pas ! ». Sommes-nous vraiment prêts à accueillir un « non ! Ça ne va pas et ça ne va même pas du tout ! ». Dans la plupart des cas, nous ne sommes pas prêts et nous ne saurions pas bien quoi dire à cela. Et nous savons sans doute encore moins quoi faire quand la réponse est : « non, ça ne va pas bien, ça va même très mal ! ». Car sans préparation et sans formation, c’est bien difficile de se contenter d’offrir une oreille bienveillante et disponible. Rester avec ce qui ne va pas du tout pour notre interlocuteur, c’est tout un art.
Mais, il existe d’autres circonstances dans lesquelles, le « ça va ? » nous demande vraiment comment ça va.
Mon père, ma tante et mes grands-parents utilisent cette formule « ça va, toi ? »
Alors là, je sais que c’est un autre registre. Dans ce cas il faut savoir répondre comment ça va… savoir le dire honnêtement et sincèrement… et pour celui qui le reçoit, qui reçoit cet état des lieux, il faut un petit peu de disponibilité, un espace intérieur dans lequel accueillir la parole et savoir ce qui est véritablement partagé et confié.
« ça va, toi ? »
« Ecoute, franchement, ça va plutôt bien » ou « oui ça va bien »
« écoute, ça ne va pas trop bien » , voire même « ça va franchement mal » ou encore « si tu veux savoir, ça ne va pas du tout en ce moment ».
Et en effet, il arrive que ça aille mal.
Rien que sur les sept derniers jours, je peux dresser une petite liste des motifs entendus tout autour de moi de ne pas aller bien.
Il y a des tout petits « ça va pas » : quand on a cassé son téléphone, ou bouché ses canalisations et inondé sa maison, c’est pas si grave. Puis il y a d’autres motifs : on peut avoir été mal reçu à un entretien, avoir été éconduit quand on a demandé une augmentation ou ne pas être sûr d’être embauché. On peut avoir été mal accueilli par des collègues, par des salariés, par des clients. On peut avoir été maltraité par des camarades de classe. On peut avoir été oublié pour son anniversaire ou s’être querellé avec ceux qu’on aime le plus ou qui nous sont très proches. On peut avoir mal aux articulations. On peut avoir du mal à marcher, du mal à s’asseoir et une redoutable sciatique. On peut avoir des tas de piqûres à subir pour la fertilité ou contre les rhumatismes. On peut se sentir déprimé ou se sentir tellement anxieux qu’on aura été hospitalisé. On peut avoir son petit chat malade. On peut avoir un enfant malade, on peut avoir son conjoint subitement hospitalisé, on peut porter le deuil de son conjoint décédé et devoir tout de même continuer à travailler. Je n’invente rien, ce sont des nouvelles entendues en sept jours seulement.
L’intention de ce podcast, c’est de réactiver les exercices traditionnels de la méditation qui consiste à s’arrêter, à prendre un temps dédié dans l’immobilité, dans un certain silence et si possible en fermant les yeux pour faire le point de la situation.
On le fait volontiers quand on fait l’exercice dit de la météo intérieure, quand on pratique le scan corporel et au fond, on peut aussi tout simplement prendre un temps pour se demander où on en est et comment ça va.
Il s’agira de décider ainsi de se prendre en charge activement en allant rencontrer son état interne. Généralement, on s’exercera à cette pratique de méditation plutôt quand ça va à peu près bien comme on s’entraîne à naviguer plutôt par beau temps. Et puis progressivement, on pourra s’entraîner aussi quand il y a un peu plus d’agitation, lors des petites dépressions atmosphériques ou les petites tempêtes personnelles. Peut-être qu’un jour, à force d’entraînement, on pourra encore méditer au cœur des très grands ouragans et des très grandes tempêtes. En tout cas, méditer nous donne cette ressource afin d’assumer nos ressentis et de nous sentir responsable de ce que nous ressentons. L’intention est de mieux faire face à nos responsabilités dans le monde, non seulement vis-à-vis de nous-mêmes, mais aussi de nos proches et de tous les autres. En effet, comment en vouloir aux autres de leur relative indifférence, si nous ne nous offrons déjà pas à nous-mêmes un temps pour essayer de savoir comment ça va.
Et si tout va bien, c’est tant mieux. Grâce à la méditation, nous pourrons profiter davantage, mieux savourer ce qui nous est donné et puis le mettre profondément en mémoire dans nos beaux souvenirs.
Mais des fois, quand ça ne va pas très bien, voire quand ça ne va pas trop bien et quand ça va franchement mal, méditer sera un exercice délicat destiné à nous permettre de rester avec ça et pour être ok avec ça….pour dire c’est comme ça, juste ici, juste maintenant … ça ne va pas du tout … et c’est possible et ça arrive…. ça arrive non seulement à tout le monde mais ça nous arrive régulièrement.
Méditer c’est s’offrir d’examiner, de ressentir précisément, depuis l’espace de la conscience, depuis l’observateur en nous, à quel point ça va mal… Observer dans quelle dimension de notre existence… dans quelle dimension de notre être… observer précisément ce qui ne va pas comme on voudrait….
Mais surtout, il s’agit de ressentir, finement, ce que ça nous fait. C’est un exercice délicat, peut-être inconfortable, à certains moments, désagréable. Mais c’est un exercice qui n’est pas dangereux et qui ne comporte pas de risque véritable. Cette observation se déroule dans un espace protégé, dans un temps qui est dédié, limité et depuis l’espace de la conscience. La conscience est vaste et peut tout accueillir.. La conscience peut tout contenir comme le ciel bleu, vaste et infini qui est inaltérable et imperturbable.
Simplement ressentir que ça va mal.
Ressentir que ça fait mal …Et ne rien changer, ne rien modifier, ne rien repousser. Juste rester avec.
Et peut-être observer que notre conscience et que notre être sont plus vastes : ils demeurent malgré tout inchangés et expérimentés. Il y a peut-être une particule infime de notre être qui demeure, malgré tout inaltérable, immuable et vivante. Un point en nous demeure fixe dans les tempêtes et solide dans le chaos. C’est juste un point. Un simple point d’ancrage pour retrouver le chemin de la vie quotidienne et le chemin vers nos proches, vers les autres, vers le monde. Au final nous aurons peut-être moins besoin de nous déverser sur les autres. Peut-être que nous nous sentirons moins blessés de leur relative indifférence. Et surtout, nous pouvons espérer, progressivement, par cet exercice, de nous à nous-mêmes, parvenir à davantage de disponibilité, à davantage d’espace intérieur et à une meilleure hospitalité intérieure pour pouvoir demander, plus régulièrement et plus sincèrement, aux autres comment ils vont.
Paroles de la chanson Comment ça va par Lynda Lemay
Comment ça va? Tu parles d’une question
Regarde-moi, perdue dans mes saisons
Y a des tempêtes, partout dans ma maison
Y a des fenêtres, mais y a plus d’horizon
Comment ça va? Tu parles d’une question
La vie s’en va, mais moi je tourne en rond
Je ne sais plus ce que j’lègue à mes filles
Je suis perdue dans mes éclats d’famille
Je fais des choix, et je choisis l’erreur
Ça s’efface pas, c’est pas d’la bonne couleur
Je suis tâchée par mille et un vieux drames
J’ai beau pleurer, mais ça résiste aux larmes
https://f8cedb03b2b0df06e69e55fd3c615222.safeframe.googlesyndication.com/safeframe/1-0-40/html/container.html Comment ça va? Mais tu vas t’la fermer!?
Y a des dégâts que j’peux pas ramasser
J’vois des éclairs, j’prends ça pour du soleil
Pis c’est l’tonnerre après qui me réveille
Moi qui m’croyais plus forte que la moyenne
Moi qui passais la moppe sur les peines
De tout un monde que je disais comprendre
Voilà qu’j’ai honte, j’me sens incompétente
Il fut un temps, j’étais de bon conseil
Mais maintenant, j’ai besoin d’une oreille
Qui avalerait le grand méli-mélo
De ces regrets qu’j’avoue à demi-mot
Comment ça va? D’accord tu veux l’savoir
Ben ça va pas, j’me perds dans mon histoire
J’sais plus quoi faire pour sauver ma famille
Pour être une mère solide pour mes filles
Je les console, je les entends souffrir
J’voudrais ret’nir tout ce qui dégringole
Leur peine déborde de mes bras trop petits
J’les couve, j’les borde, mais j’pense pas qu’ça suffit
Comment ça va? J’ose plus leur demander
Y a pas de joie à voir maman pleurer
Non, ça va pas, j’en suis si désolée
J’fais tant d’faux pas qu’j’ai du mal à marcher
Ça veut pas dire que dans un mois ou deux
J’vais pas courir, j’vous jure qu’on sera heureux
La vie c’est ça, c’est pas un conte de fée
Mais ça ira… oui, ça va bien aller…
Podcasts précédents
Vulnérabilité : blessé mais pas vaincu
vulnérabilité : c’est ainsi qu’entre la lumière
droits image : https://www.baamboozle.com/study/709986


