
Je propose ici de commencer par lire un joli petit conte comme support à notre méditation. Il s’agit de l’adaptation contemporaine de la pensée de Tchouang Tseu, l’un des grands penseurs taoïstes du 4e siècle avant l’ère commune.
« Un menuisier dans le feu de l’action avait lancé son bras en l’air et d’un geste un peu trop enthousiaste éjecté au loin la montre qu’il portait au poignet.
Il eut beau fouiller partout parmi la sciure et les copeaux de bois qui jonchaient le sol, rien n’y fit : la montre demeurait désespérément introuvable.
Ses apprentis s’y étaient mis aussi : l’union ne fait-elle pas la force ? Ils continuèrent ainsi à fouiller ensemble.
Mais la pièce était dans un tel désordre, le sol était jonché d’un bric-à-brac indéfinissable : vraiment, il était impossible de s’y retrouver. La nuit s’était mise à tomber, et ils décidèrent d’un commun accord de remettre les recherches au lendemain.
Le fils du menuisier qui se trouvait là resta pour jouer dans l’atelier de son père.
Il rentra peu de temps après, annonçant à celui-ci qu’il avait retrouvé la montre !
Très surpris, le menuisier lui demanda : « Mais il fait déjà si sombre, comment as-tu fait ?
Le petit garçon lui répondit : « Après le départ de tout le monde, je me suis retrouvé là tout seul dans le silence, et alors j’ai pu entendre son tic-tac. J’ai repéré d’où il venait, et j’ai retrouvé la montre parmi la sciure et les copeaux. »
Petite histoire tirée de l’oeuvre de Tchouang Tseu, penseur taoïste du 4e siècle avant JC, mise au goût du jour par Yu Dan et transmise par Jean PELISSIER
Ce joli petit conte est plein d’enseignements et me semble bien illustrer la finalité de la pleine présence attentive qui permet de nous mettre à l’écoute et d’entendre véritablement notre « tic-tac », c’est-à-dire la pulsation intérieure qui nous fait vivre ainsi que les battements du cœur du monde qui nous entoure.
Pour mieux écouter et bien entendre, nous nous retirons un tout petit peu de l’activité du monde extérieur. Nous pouvons fermer les yeux pour privilégier l’ouïe quelques instants. Et, dans l’immobilité et la tranquillité retrouvée, nous nous entraînons à nous mettre à l’écoute.
Mais très vite, l’écoute et le ressenti vont se combiner pour nous permettre de mieux entendre notre corps, notre respiration, notre souffle qui va et qui vient, à l’écoute de notre cœur qui bat sans songer à intervenir. Écouter notre cœur, c’est aussi le ressentir à maints endroits : dans les tempes, dans les doigts et bien sûr dans l’espace du cœur justement.
Dans ce silence relatif « se mettre à l’écoute » ce n’est pas « s’écouter » comme on dirait rudement à quelqu’un «oh ! tu t’écoutes » au sens de « se laisser aller » ou « se traiter avec beaucoup d’indulgence voire trop de complaisance ».
Non, « se mettre à l’écoute » c’est cultiver une attention fine et précise afin de savoir ce qui est là pour nous, comment nous le vivons et au fond ce qui est bon pour nous.
« Ecouter notre tic-tac intérieur » c’est bien sûr aussi tendre l’oreille à ce qui nous traverse mentalement et qui agite nos pensées.
Se mettre à l’écoute ce n’est pas se laisser embarquer par nos pensées ni se laisser manipuler par nos pensées. C’est ce qui nous guette toujours un peu, car les pensées veulent avoir raison.
Non, écouter le tic-tac intérieur des pensées agitées, c’est se mettre à l’écoute avec curiosité. Comme on manifeste son intérêt en se disant : « Ah tiens, tiens c’est de ça que parle aujourd’hui mes pensées ? Qu’est-ce qui m’agite ? Qu’est-ce qui me préoccupe ? Qu’est-ce qui tourne en boucle d’habitude à mon insu ? »
Sans juger, sans critiquer, sans vouloir qu’il en soit autrement.
Ecouter comme on écoute le tic-tac d’une montre ou de l’horloge du salon
Et enfin bien sûr, aussi, écouter son tic-tac intérieur, c’est se mettre à l’écoute de nos émotions. On a souvent pris l’image du voyant sur le tableau de bord, on peut y ajouter ici le tic-tac. Nos émotions comme un véritable clignotant à la fois lumineux et sonore…
Bien écouter : « Quels sont les besoins qui s’expriment en nous dans l’agitation émotionnelle ? »
Les nommer, les détailler, les ressentir
Car il est vraiment avisé de prendre en considération nos besoins, même partiellement ou maladroitement.
Nous en prenons note, nous les remarquons, nous leur accordons toute notre attention.
Se retirer de l’animation et de toute activité, s’absorber dans une forme de solitude choisie et momentanée, c’est aussi parvenir à mieux entendre et à véritablement écouter ce qui est là pour nous, à bas bruit et que l’on pourrait comparer à une petite voix ou une voix intérieure, quelque chose qui émane de notre for intérieur voire peut-être même de ce qu’on appelle peut-être l’âme ….
En tout cas, c’est bien précieux de se mettre à l’écoute régulièrement de ce qui nous anime en profondeur, d’essayer de percevoir tout au fond de nous – de la même manière que la montre était cachée sous le désordre, sous les copeaux, sous la sciure. De la même manière aussi que l’agitation et le bruit dans l’atelier masquait le tic-tac de la montre, se mettre à l’écoute c’est prendre conscience de ce qui au fond de nous produit ce tic-tac ou ce chuchotement C’est important car c’est sûrement ce qui nous anime véritablement.
Écouter notre tic-tac intérieur pour entendre battre essentiellement ce qui constitue notre être véritable, authentique et inaltérable.
On peut le visualiser sous la forme d’une source ou d’un jaillissement, d’un petit bouillonnement intérieur ou d’un jet d’étincelles. J’utilise souvent le terme de fulgurances aussi pour traduire ce qui émane furtivement en-deça du mental d’une forme de conscience primordiale.
Observons cette forme de reconnexion à l’essentiel et au primordial dans l’écoute attentive de ce qui bat la pulsation et la mesure depuis les tréfonds de notre for intérieur.
C’est une pratique qui nous ressource, qui nous fait du bien et qui nous régénère entièrement. La conscience et le retour en soi dans une qualité de présence totalement disponible et pleinement attentive. Le « soi » ici ce ne sont pas nos petites caractéristiques ni les détails anecdotiques de notre personnalité. Il s’agit plutôt de rejoindre ce que nous sommes véritablement et intrinsèquement.
Renouer le fil intérieur d’un dialogue intérieur juste et correspondant au rythme du notre tic-tac intérieur et de nos pulsations intimes. Nous ressentons une clarté de la conscience, comme purifiée de tous les incidents et de toutes les anecdotes, détachée des pensées et de leur bavardage incessant. Nous rejoignons en nous, cet espace de la conscience imperturbable à l’écart des émotions. Nous ressentons au fond de nous l’origine du tic-tac intérieur précisément dans ce point d’appui primordial qui constitue ce que nous sommes véritablement, notre être essentiel, unique et inaltérable.
Retrouver le podcast « S’arrêter pour faire une pause avec soi »
https://presence-et-partages.fr/1798-2
Retrouver le podcast « Trouver le repos en soi »

