Méditer pour limiter la contagion empathique et mieux accompagner la souffrance
Cette méditation est inspirée d’un article du magazine La Vie qui avait proposé en octobre 2021, un hors-série intitulé Oser la bienveillance. Je renvoie en particulier à un article qui permet de découvrir comment limiter la détresse empathique.
Matthieu RICARD avec la scientifique TANIA SAINT CLAIR rappelle qu’il y a au fond de chaque être humain un mécanisme cérébral fondamental lié à notre survie qui se compose de deux étapes successives, l’empathie et la compassion.
L’empathie et la compassion sont certainement au cœur des comportements sociaux qui ont assuré non seulement la survie de l’espèce humaine mais sa domination des espèces animales à l’échelle de la planète. Ces mécanismes sont en effet la clé de notre savoir-vivre en société ainsi que la manifestation de notre interdépendance les uns aux autres. En effet, nos capacités empathiques nous permettent de savoir comment l’autre souffre. Notre aptitude à la compassion nous permet de ressentir cet élan spontané qui nous pousse à agir pour aider l’autre. Ainsi l’empathie et la compassion sont véritablement au cœur de notre nature humaine.
L’approche de Matthieu RICARD est assez intéressante et stimulante et a été mise au jour scientifiquement par l’imagerie médicale qui permet de voir concrètement les zones du cerveau qui s’activent quand on ressent de l’empathie ou quand on active la compassion. Etymologiquement “empathie” et “compassion” sont deux mots tout à fait voisins. L’empathie, c’est le fait de ressentir à l’intérieur de soi et la compassion serait le fait de souffrir avec l’autre. Ici, elles sont distinguées dans un vocabulaire inspiré de la psychologie bouddhiste. Selon Matthieu RICARD, il est important de maîtriser son empathie et de pouvoir passer mentalement de l’empathie à la compassion pour ne pas se laisser happer par le découragement ou l’évitement. Il nous invite à cultiver les qualités humaines de la compassion pour limiter le risque de la détresse empathique. L’imagerie médicale a montré et détecté la zone d’activation du cerveau liée à la composante émotionnelle de la douleur exactement de la même manière chez celui qui souffre et chez celui qui est empathique.
L’enjeu de cette méditation c’est de s’entraîner pour renforcer nos capacités affectives et cognitives afin de faire face plus sereinement à la souffrance d’autrui. C’est décisif car, de cette façon, nous espérons aller spontanément à la rencontre de celui qui souffre pour lui venir en aide. En effet, comment bien s’occuper des autres, si leur souffrance nous plonge dans la détresse, dans la fatigue empathique ou le burn out émotionnel.
Nous prenons quelques instants pour nous poser la question : « qu’est-ce que je ressens quand l’autre souffre, quand l’autre va mal, quand l’autre a mal ? ».
Nous prenons le temps d’une méditation, pour prendre conscience de ce que ça me fait quand tu souffres, quand tu vas mal, quand tu as mal.
Nous pouvons laisser venir à nous des souvenirs, même des tous petits incidents … si quelqu’un se cogne ou tombe … quelle est notre attitude quand nous croisons un SDF ? …. qu’est-ce que ça nous fait quand un ami n’a pas le moral ? … qu’un membre de notre famille est malade ?
Sans même le formuler avec des mots mais en essayant de le ressentir.
Qu’est-ce que ça me fait ?
Quelle est ma réaction spontanée ?
Jusqu’à quel point je ressens de la contagion émotionnelle ? …. c’est-à-dire est-ce qu’il m’arrive de ressentir une douleur comme si c’était la mienne alors que je ne souffre pas de la même blessure, de la même contrariété ou de la même maladie.
Nous pouvons laisser résonner cette expression de contagion émotionnelle …
Et, puis nous pouvons essayer de laisser venir à nous des souvenirs et des évocations de nos comportements. Est-ce qu’il nous arrive d’avoir des attitudes d’évitement ? …de ressentir de l’abattement ou du découragement quand les autres souffrent ou quand ceux qu’on aime souffrent.
Essayons de ressentir au fond de nous si en face de la détresse, la souffrance d’un ami ou d’un proche, nous adoptons ces comportements de protection de nous-mêmes ? Est-ce qu’il nous arrive, par moments, dans un excès d’empathie de souffrir tellement que nous sommes tentés de prendre la fuite, pour moins souffrir ou pour nous protéger nous-mêmes.
L’empathie est nécessaire, c’est un signal d’alerte très important sur la souffrance d’autrui.
Mais, un excès d’empathie peut conduire, non seulement, à de la détresse empathique, mais à des comportements que nous regrettons finalement : des comportements d’évitement, de découragement ou de fuite.
Comme dans les chansons que j’ai mises en référence de Jacques BREL ou de GRAND CORPS MALADE, nous pouvons constater comme il est délicat de demeurer dans notre impuissance à aider les autres ou de rester avec notre impuissance à soulager ceux qu’on aime.
C’est alors que, par un entraînement nous pouvons essayer de générer des états internes, c’est-à-dire des états mentaux et des ressentis, plus constructifs pour faire face plus sereinement à la souffrance, pour parvenir à dire : « non JEFF t’es pas tout seul »
Et même que si nous n’avons qu’une main à poser sur une épaule, et, même si nous n’avons qu’une présence à offrir pour aider l’autre à souffrir – comme dans la chanson – ces attitudes sont empreintes d’une énergie plus positive et plus constructive.
Les bouddhistes pratiquent cet entraînement à la compassion et à l’amour altruiste pour générer davantage de courage.
Au fond c’est un peu le modèle de l’amour maternel. Quand les petits sont malades ou tombent ou quand ils sont angoissés et ont peur du noir, les parents ne ressentent pas ni les maladies, ni les contrariétés, ni la peur du noir. Les parents ressentent des sentiments de compassion c’est-à-dire une énergie appelée compassion qui les animent pour trouver un moyen d’aider les enfants. Les parents trouvent souvent une astuce pour contribuer à aider les enfants à traverser un épisode délicat, ou désagréable ou franchement douloureux de leur existence.
Après avoir pris conscience de l’alerte empathique, après avoir mis à jour nos comportements spontanés – et peut-être une propension à la contagion émotionnelle – nous pouvons nous entraîner.
A l’invitation de la psychologie bouddhiste, nous pouvons méditer et nous exercer à générer d’autres états mentaux. Souvent ce sont des attitudes que nous connaissons mais que nous n’activons peut-être pas spontanément.
Nous pouvons renforcer notre aptitude à la compassion.
Nous pouvons nous entraîner à générer un élan spontané qui nous pousse à agir pour aider ceux qui souffrent.
Le DALAÏ LAMA désigne par l’expression « amour bienveillant » le souhait que tous les êtres sensibles soient heureux. La compassion, au fond, c’est donc le souhait que tous les êtres sensibles soient libérés de la souffrance.
Cette manière de souhaiter et de désirer que ça aille mieux … que l’autre traverse ses tempêtes …qu’il se relève de ses naufrages …qu’elle guérisse de sa maladie…. Tous ces souhaits activent une autre zone du cerveau : la zone du cerveau liée au courage, à l’amour maternel et à la filiation, à la détermination.
Méditer sur la compassion, c’est ainsi se préparer à trouver les moyens d’aider, à trouver en soi une manière plus active, plus constructive et plus énergique d’aborder la souffrance d’autrui pour oser plus régulièrement et plus spontanément nous en approcher, l’expérimenter et la partager.
Si l’Autre trouve, en nous, un refuge solide, stable, relativement imperturbable, il pourra davantage déposer son fardeau et partager ce qui lui fait mal.
En renforçant nos capacités à la compassion et en limitant la contagion émotionnelle après reçu une petite alerte empathique, nous serons plus disponibles et peut-être plus efficaces.
En tout cas, nous offrirons aux autres, quand ils ou elles souffrent une présence plus réconfortante.
Ils n’auront pas peur de nous causer du souci ou de la peine.
Ils sauront qu’ils peuvent compter sur nous, qu’ils peuvent s’appuyer sur nous, que nous sommes là pour eux, quoiqu’il arrive et en toute circonstance
Même si nous n’avons qu’une main à poser sur une épaule et qu’une présence pour les aider à souffrir, nous offrons cette présence avec courage et avec détermination, avec générosité et avec authenticité.
Nous saurons nous-mêmes ainsi renouveler nos ressources inlassablement et infiniment.

https://www.podcastics.com/podcast/episode/depasser-la-detresse-empathique-article-extrait-1-123890/

https://www.matthieuricard.org/blog/posts/empathie-altruisme-et-compassion-1
https://www.psychologue.net/articles/lexces-dempathie-fait-du-mal
MEDITATIONS ASSOCIEES
Méditation douce si « ça va pas ? »
Méditation « c’est bon que tu sois là »
Méditation Le miel d’une présence
EMPATHIE ET COMPASSION avec Jacques Brel
Voir un ami pleurer (1977 Album Les Marquises)
Bien sûr, il y a les guerres d’Irlande
Et les peuplades sans musique
Bien sûr, tout ce manque de tendre
Il n’y a plus d’Amérique
Bien sûr, l’argent n’a pas d’odeur
Mais pas d’odeur vous monte au nez
Bien sûr, on marche sur les fleurs, mais
Mais voir un ami pleurer
Bien sûr, il y a nos défaites
Et puis la mort qui est tout au bout
Nos corps inclinent déjà la tête
Étonnés d’être encore debout
Bien sûr, les femmes infidèles
Et les oiseaux assassinés
Bien sûr, nos cœurs perdent leurs ailes, mais
Mais voir un ami pleurer
Bien sûr, ces villes épuisées
Par ces enfants de 50 ans
Notre impuissance à les aider
Et nos amours qui ont mal aux dents
Bien sûr, le temps qui va trop vite
Ces métros remplis de noyés
La vérité qui nous évite, mais
Mais voir un ami pleurer
Bien sûr, nos miroirs sont intègres
Ni le courage d’être juifs
Ni l’élégance d’être nègres
On se croit mèche, on n’est que suif
Et tous ces hommes qui sont nos frères
Tellement qu’on n’est plus étonnés
Que par amour ils nous lacèrent, mais
Mais voir un ami pleurer
Paroliers : Jacques Romain G. Brel / Francois Rauber
Paroles de Voir un ami pleurer © Tropicales Soc
EMPATHIE ET COMPASSION J’ai pas les mots
Chanson de Grand Corps Malade
Il est d’ces événements qui sortent tout l’reste de nos pensées
Certaines circonstances qui nous stoppent net dans notre lancée
Il est d’ces réalités qu’on n’était pas prêt à recevoir
Et qui rendent toute tentative de bien-être illusoire
J’ai pas les mots pour exprimer la puissance de la douleur
J’ai lu au fond d’tes yeux ce que signifiait le mot malheur
C’est un souvenir glacial comme ce soir de Décembre
Où tes espoirs brûlants ont laissé place à des cendres
J’ai pas trouvé les mots pour expliquer l’inexplicable
J’ai pas trouvé les mots pour consoler l’inconsolable
Je n’ai trouvé qu’ma main pour poser sur ton épaule
Attendant qu’les lendemains se dépêchent de jouer leur rôle
J’ai pas les phrases-miracle qui pourraient soulager ta peine
Aucune formule magique parmi ces mots qui saignent
J’n’ai trouvé qu’ma présence pour t’aider à souffrir
Et constater, dans ce silence, que ta tristesse m’a fait grandir
J’ai pas trouvé l’remède pour réparer un cœur brisé
Il faudra tellement d’temps avant qu’il puisse cicatriser
Avoir vécu avec elle, et apprendre à survivre sans
Elle avait écrit quelque part que tu verserais des larmes de sang
Tu as su rester debout et je t’admire de ton courage
Tu avances la tête haute et tu traverses cet orage
À coté de ton épreuve, tout me semble dérisoire
Tous comme ces mots qui pleuvent que j’écris sans espoir
Pourtant les saisons s’enchaineront saluant ta patience
En ta force et ton envie, j’ai une totale confiance
Tu n’seras plus jamais le même mais dans le ciel, dès demain
Son étoile t’éclairera pour te montrer le chemin
Source : Musixmatch
Paroliers : Ibrahim Maalouf / Fabien Marsaud
Paroles de J’ai pas les mots © Sony/atv Music Publishing (france) Sas, Anouche Productions
IMAGE : https://pixabay.com/fr/users/limoncitosketching-7400657/
Paroles
Eh Manu rentre chez toi
y’a des larmes plein ta bière
Le bistrot va fermer
Pi tu gonfles la taulière
J’croyais qu’un mec en cuir
Ça pouvait pas chialer
J’pensais même que souffrir
Ça pouvais pas t’arriver
J’oubliais qu’tes tatouages
Et ta lame de couteau
C’est surtout un blindage
Pour ton coeur d’artichaut
Eh déconne pas Manu
Va pas t’tailler les veines
Une gonzesse de perdue
C’est dix copains qui r’viennent
On était tous maqués
Quand toi t’étais tous seul
Tu disais j’me fais chier
Et j’voudrais sauver ma gueule
T’as croisé cette nana
Qu’était faite pour personne
T’as dit elle pour moi
Ou alors y’a maldonne
T’as été un peu vite
Pour t’tatouer son prénom
A l’endroit où palpite
Ton grand coeur de grand con
Eh déconne pas Manu
C’est à moi qu’tu fais d’la peine
Une gonzesse de perdue
C’est dix copains qui r’viennent
J’vais t’dire on est des loups
On est fait pour vivre en bande
Mais surtout pas en couple
Ou alors pas longtemps
Nous autres ça fait un bail
Qu’on a largué nos p’tites
Toi t’es toujours en rade
Avec la tienne et tu flippes
Mais Manu vivre libre
C’est souvent vivre seul
Ça fait p’t’être mal au bide
Mais c’est bon pour la gueule
Eh déconne pas Manu
Ça sert à rien la haine
Une gonzesse de perdue
C’est dix copains qui r’viennent
Elle est plus amoureuse
Manu faut qu’tu t’arraches
Elle peut pas être heureuse
Dans les bras d’un apache
Quand tu lui dis je t’aime
Si elle te d’mande du feu
Si elle a la migraine
Dès qu’elle est dans ton pieu
Dis lui qu’t’es désolé
Qu’t’as dû t’gourrer de trottoir
Quand tu l’as rencontrée
T’as dû t’tromper d’histoire
Eh déconne pas Manu
Va pas t’tailler les veines
Une gonzesse de perdue
C’est dix copains qui r’viennent
Eh déconne pas Manu
Ca sert à rien la haine
Une gonzesse de perdue
C’est dix copains qui r’viennent
Eh déconne pas Manu
C’est à moi qu’tu fais d’la peine
Une gonzesse de perdue
C’est dix copains qui r’viennent
Eh déconne pas Manu
Déconne pas
Manu …
Manu …
Déconne pas …
Manu …
Source : Musixmatch
Paroliers : Renaud Pierre Manuel Sechan
Paroles de Manu © Mino Music

