L’auto-compassion, une ressource majeure pour vivre en pleine présence la douleur, pour traverser la souffrance comme une expérience humaine inévitable et pour se traiter avec douceur, compréhension et bienveillance quoi qu’il arrive ainsi que le ferait pour nous un ami de longue date.
Méditer et se traiter en ami.
Dans la suite des podcasts sur les thèmes de la présence et de la vulnérabilité, après nous être demandé « comment ça va ? » et après avoir appris à activer la compassion pour éviter la détresse empathique, je présente aujourd’hui une introduction à ce qu’on appelle l’auto-compassion.
J’ai été inspirée par plusieurs sources. Comme souvent, nous pouvons commencer par revenir à une chanson de Jean-Jacques GOLDMAN et à sa poésie évocatrice et édifiante. Dans la chanson intitulée «Puisque tu pars », nous trouvons les vers suivants :
« sans drame, sans larmes
pauvres et dérisoires armes
parce qu’il est des douleurs
qui ne pleurent qu’à l’intérieur »
J’ai toujours trouvé ces vers bouleversants et justes à la fois et ils constituent aujourd’hui une bonne amorce au thème de l’auto-compassion.
Plus loin dans la chanson, l’auteur écrit :
« parfois même tout donner n’est pas forcément suffire »
« tout ce que je pouvais donner,
ce n’était pas encore assez … pas assez » .
Comme tout le monde, quand je n’agis pas conformément à mes attentes, ces mots résonnent en moi. A maintes occasions, dans la vie professionnelle, dans la vie familiale ou la vie personnelle, il peut arriver de ressentir qu’hélas tout donner n’est ni assez ni suffisant.
Mais grâce à la méditation, nous pouvons détecter cette détresse psychique et émotionnelle.
Dans certaines situations, en effet, nous ressentons de la contrariété ou de l’agacement, de l’irritation ou de la frustration voire même de la rage. Car, nous aussi, nous nous heurtons à des erreurs, à des incompréhensions et à des échecs. Nous ressentons donc de la déception, de la colère, de la fureur. Et, parfois, nous nous sentons tristes, nous avons du chagrin, nous avons de la peine, nous souffrons et parfois, c’est vrai qu’il est des douleurs qui ne pleurent qu’à l’intérieur.
Je propose aujourd’hui d’explorer une ressource efficace et puissante : l’auto-compassion. Méditons pour essayer d’activer la compassion en nous et pour nous-mêmes.
Les références utiles sont l’ouvrage de Christopher K. GERMER : L’autocompassion. Une méthode pour se libérer des pensées et des émotions qui nous font du mal et le cahier d’exercice qu’il a écrit avec Kristine NEFF et qui est préfacé par Matthieu Ricard.
Les bienfaits escomptés de l’auto-compassion sont nombreux. Tout d’abord, nous pourrons économiser de l’énergie. Car nous pouvons espérer moins faire semblant que tout va bien. De la même manière, nous apprendrons à limiter le refus et la lutte internes contre les malaises et les difficultés déjà présents en nous et autour de nous. Cesser d’ignore voire lutter contre la douleur épargnera aussi notre énergie psychique.
L’auto-compassion est aussi une source de bien-être qui améliore la qualité de vie. Il est ainsi avéré que par l’auto-compassion on parvient à diminuer les symptômes de la dépression et de l’anxiété. Progressivement nous pouvons donc espérer une meilleure capacité à faire face aux évènements difficiles et stressants. Globalement, nous comptons sur un meilleur fonctionnement psychique et émotionnel. L’intention ici c’est d’offrir une pratique dédiée à l’auto-compassion. Mais, ce sont des compétences qui sont naturelles au fond et qui sont juste à réactiver. Comme la compassion et la bienveillance, il suffit d’y penser, de s’entraîner à les développer et de continuer de les renforcer.
Grâce à Kristine NEFF nous pouvons développer notre méditation en trois mouvements principaux. Le premier mouvement est celui de la pleine conscience. Il s’agit de ramener la situation qui se présente à la conscience et de reconnaître que, oui, juste ici et juste maintenant, nous traversons un moment de souffrance. Nous avons déjà appris avec la méditation de pleine présence à rester en contact avec ce que l’on ressent et à demeurer présent à ce qui est, y compris si c’est de la honte, de la gêne, de l’agacement, de l’irritation, de la déception, de la colère, de la tristesse ou du chagrin. Au fondement de la méditation d’auto-compassion nous retrouvons cette manière d’être là pour soi et dans un premier temps de ressentir la douleur émotionnelle.
C’est un entraînement pour désactiver les automatismes tels que le déni de la douleur mais aussi pour éviter de tomber dans le piège des ruminations qui nous enferment et nous emprisonnent dans nos souffrances. Être là pour soi ce n’est pas démissionner mais c’est reconnaître que nous traversons un épisode ou un moment particulier. Oui, nous traversons une étape de notre vie dans laquelle nous souffrons d’une douleur émotionnelle intense. Il ne s’agit pas de réfléchir. Il ne s’agit pas non plus de résoudre le problème. Il s’agit dans un premier temps de rester en contact avec ce ressenti : ressentir ce qui nous fait mal et de rester avec ces douleurs qui ne pleurent qu’à l’intérieur. Il s’agit d’observer cette déception d’avoir tout donné et que, pourtant, que ça n’a pas suffi. Même si nous avons tout donné, ce n’était pas encore assez.
Le deuxième mouvement de la pratique de l’auto-compassion repose sur la conviction que nous appartenons à une humanité commune. Il nous faut donc convenir qu’en tant qu’humain, et, puisque tous les humains se ressemblent au fond, nous connaissons évidemment des moments de honte, des moments de culpabilité et des échecs. Nous traversons donc des moments difficiles et, ainsi, nous acceptons cette condition d’être un humain ou une humaine. La psychologie bouddhiste fait de la souffrance le cœur même de l’expérience humaine. Pour le bouddhisme, il est central de partir de l’intérieur de la souffrance humaine. Souffrir est normal et prévu dans la vie humaine. Par conséquent, quoique nous ayons à vivre, nous ne sommes ni le seul ni la seule dans ce cas. Il est forcément déjà arrivé à quelqu’un d’autre de traverser la même épreuve et peut-être en ce moment même.

L’AUTOCOMPASSION, UNE RESSOURCE MAJEURE

L’AUTOCOMPASSION, UNE RESSOURCE MAJEURE en lien avec les Podcasts précédents
C‘est ainsi qu’entre la lumière

L’AUTOCOMPASSION, UNE RESSOURCE MAJEURE
Paroles de la chanson
Puisque Tu Pars par Jean Jacques Goldman
Puisque l’ombre gagne
Puisqu’il n’est pas de montagne
Au-delà des vents plus haute que les marches de l’oubli
Puisqu’il faut apprendre
À défaut de le comprendre
À rêver nos désirs et vivre des Ainsi soit-il
Et puisque tu penses
Comme une intime évidence
Que parfois même tout donner n’est pas forcément suffire
Puisque c’est ailleurs
Qu’ira mieux battre ton coeur
Et puisque nous t’aimons trop pour te retenir
Puisque tu pars…
Que les vents te mènent
Où d’autres âmes plus belles
Sauront t’aimer mieux que nous puisque l’on ne peut t’aimer
plus
Que la vie t’apprenne
Mais que tu restes le même
Si tu te trahissais nous t’aurions tout à fait perdu
Garde cette chance
Que nous t’envions en silence
Cette force de penser que le plus beau reste à venir
Et loin de nos villes
Comme octobre l’est d’avril
Sache qu’ici reste de toi comme une empreinte indélébile
Sans drame, sans larme
Pauvres et dérisoires armes
Parce qu’il est des douleurs qui ne pleurent qu’à
l’intérieur
Puisque ta maison
Aujourd’hui c’est l’horizon
Dans ton exil essaie d’apprendre à revenir
Mais pas trop tard…
Dans ton histoire
Garde en mémoire
Notre au revoir
Puisque tu pars
Dans ton histoire
Garde en mémoire
Notre au revoir
Puisque tu pars
Dans ton histoire
(Dans ton histoire)
Garde en mémoire
(Garde en mémoire)
Notre au revoir
(Notre au revoir)
Puisque tu pars
(Puisque tu pars)
(Dans ton histoire)
J’aurai pu fermer
(Garde en mémoire)
L’AUTOCOMPASSION, UNE RESSOURCE MAJEURE

