Après avoir lu plusieurs ouvrages de Matthieu Ricard et en particulier Plaidoyer pour l’altruisme et les Carnets d’un moine errant (présentés à Lyon le 10 octobre 2021), j’avais envie de lui consacrer une petite méditation car il m’a ouvert la voie de la sagesse et m’a accompagnée régulièrement sur le chemin de la méditation, un peu comme un maître en humanité.

Matthieu Ricard est tout d’abord un grand savant mais il a aussi le souci de partager ce qu’il sait avec les autres. Ainsi, il partage non seulement son savoir mais aussi son expérience de la vie. Il ne cherche pas du tout à nous impressionner mais plutôt à nous inciter et à nous encourager. Il revient à chacun de déployer son plein potentiel, d’atteindre son niveau le plus élevé et de grandir encore et toujours. Matthieu Ricard décrit donc le chemin qu’il a lui-même parcouru, qui est long et exigeant, mais sur lequel il affirme ressentir « une joie en forme d’effort ». Et je trouve cette formule très évocatrice.

De la même manière, très régulièrement, Matthieu Ricard partage des aphorismes qu’il tient des lamas tibétains et qui sont d’une grande simplicité et d’une grande sagesse : j’aime cette façon toute simple de citer le Dalaï-Lama ou de très grands sages comme s’ils étaient des voisins de palier ou des amis de longue date.

« Vous savez, le Dalaï-Lama affirme que la question qui se pose à nous n’est pas tant celle de savoir quel sens a la Vie mais quel sens donner à sa vie. »

Je trouve intéressante cette manière de nous renvoyer à notre responsabilité.

Par ailleurs, il est arrivé à Matthieu Ricard, comme à nous tous, de rencontrer des personnes y compris de grands professionnels ou de grands savants qui n’étaient pas toujours des êtres humains exemplaires et qui, au contraire même, ont pu se montrer sous un jour très peu favorable. J’ai toujours bien aimé qu’il raconte comment il a été surtout édifié par l’exemplarité de ses maîtres tibétains.

J’apprécie aussi sa manière d’être au monde qui choisit volontairement et inlassablement l’émerveillement.

Je trouve enfin que la manière d’être de Matthieu Ricard mérite d’être imitée : il s’offre aux autres, à la fois disponible et altruiste, et il pratique l’entraînement quotidien à la compassion pour tous les êtres et pas seulement pour ses proches. Il cherche à incarner ce que les maîtres tibétains lui ont transmis : au fond, il n’y a rien à gagner, rien à perdre. Mais on a tout à donner et tout à partager.

J’admire cette manière d’être qui se pose et s’affirme, y compris dans une certaine originalité, mais qui est tranquille avec ce qu’il est. C’est ainsi qu’il se montre joyeux, gai et léger.

Nous prenons donc quelques instants pour pratiquer la méditation dans le sillage proposé par Mathieu Ricard.

Car tout est pratique, tout est entraînement.

Sans la pratique, sans l’entraînement, sans la répétition on ne peut pas espérer de résultats notables ni de réelle amélioration.

Nous nous asseyons et en nous installant dans la méditation, nous nous connectons avec tout ce qu’il y a d’humain en nous.

Nous portons le regard au plus profond de nous y compris dans nos aspects les plus vulnérables,… y compris aux confins de nos limites …. y compris au seuil de nos zones d’ombre ou de nos petits secrets un peu honteux.

Nous portons ainsi la lumière et la lucidité à l’intérieur de nous-mêmes.

Nous maintenons cette attention à l’entièreté de ce que nous sommes.

Et nous suivons cette invitation de Matthieu RICARD : nous nous exerçons pour devenir l’humain que nous sommes déjà mais en nous déployant vraiment dans toutes nos dimensions les meilleures, les plus belles, les plus généreuses.

Peut-être que dans le flot de notre vie quotidienne, dans les soucis et les contrariétés, nous perdons un peu de vue nos aspirations les plus élevées, nos intentions les meilleures. Aussi, régulièrement, nous faisons l’effort de revenir à nous-mêmes, pour nous reconnecter avec ce qui est important pour nous, à ce que nous sommes vraiment, à ce que nous voulons vraiment.

Bien sûr c’est un effort.

Nous nous rappelons cette phrase de Matthieu RICARD, « c’est une joie en forme d’effort ».

Il y a aussi de la joie à fermer les fenêtres et les volets intérieurs….. à nous délester de l’écume des jours et à nous alléger de toutes les contraintes …à distinguer les fausses urgences et les faux prétextes pour nous retrouver au cœur de l’essentiel.

Bien sûr nous sommes immobiles, et, en même temps, nous avons l’impression de parcourir un chemin. Nous cheminons vers nous en « mieux », nous en « plus grand », nous en « plus patient », en « plus compréhensif », nous en « plus disponible »

Sous l’effet de l’immobilité, du silence et de la détente, nous sentons déjà que nous accédons à une part de nous plus sensible et plus compréhensive.

Nous observons bien l’effet de la pratique.

Toute valeur se déploie dans la pratique.

Qu’est-ce que la gentillesse théorique ?

Il n’y a de gentillesse que dans la pratique.

La pratique, ce sont les actes et les faits même les plus petits ou les plus insignifiants.

C’est ce qui distingue le réel du virtuel.

C’est ce qui donne sens à notre existence.

C’est en agissant que l’on voit s’édifier progressivement le sens que l’on donne à sa vie

En méditant quelques minutes et grâce à l’entraînement, nous retrouvons de plus en plus facilement et de plus en plus précisément ce qui nous constitue et ce que nous sommes vraiment.

Pour orienter notre existence nous nous ancrons tranquillement et sereinement dans notre « être ».

Comme Matthieu Ricard au contact de ses maîtres : il était tout-à-fait bien, et, il n’attendait rien,

Ressentons qu’il n’y a rien à perdre,ni rien à gagner.

Depuis la méditation, ressentons aussi qu’il y a tout à donner et tout à partager.

Nous nous entraînons et nous cultivons ce qu’il y a de meilleur en nous

De proche en proche, nous nous entraînons à pouvoir rester dans cette qualité d’être

disponible et ouverte,

sereine et tranquille,

apaisante et bienfaisante.

Matthieu Ricard, photo DR

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