MANTRAS

Méditer pour observer nos pensées et choisir des mantras bienfaisants.

Le yoga est une philosophie à médiation corporelle, ancienne de plusieurs millénaires, qui vise à l’unité. Elle intègre toutes les dimensions de notre être et propose plusieurs pratiques. Les postures, asanas en sanskrit, pour le corps, le pranayama, pour le souffle, et la méditation accompagnée de la récitation d’un mantra est la pratique (dhyana) pour le mental.

En quoi les mantras sont-ils bienfaisants ?

Commençons par présenter les mantras afin de comprendre en quoi ils peuvent être bienfaisants pour nous.

Le mantra est une formule sacrée ou une invocation, que l’on retrouve dans plusieurs religions comme l’hindouisme ou le bouddhisme. On trouve les premiers mantras rédigés en sanskrit védique dans la Samhita du Rig-Véda, qui est le texte sacré le plus ancien de l’hindouisme, vraisemblablement composé entre 1500 et 900 av notre ère. Nés en Inde, les mantras se sont ensuite répandus en Asie du sud-est, principalement au Tibet, et en Extrême-Orient, avec l’expansion du bouddhisme.

L’étymologie du terme du sanskrit est “ man- ” qui désigne l’esprit, le fait de penser et la racine “ tra- ” qui renvoie soit au registre de l’outil que l’on retrouve dans travail et dans ce cas un mantra est un « outil pour penser ». La racine tra- peut aussi renvoyer au fait de préserver et de protéger et dans ce cas le « mantra protège l’esprit ».

En quoi ces instruments pour penser ou ces « formules sacrées à usage liturgique, rituel, spirituel ou magique » selon la définition de l’Encyclopédia Universalis que sont les mantras nous concernent-ils et pourraient-ils être bienfaisants alors que manifestement ils n’appartiennent pas à nos traditions occidentales ?

Tout d’abord, c’est l’occasion de souligner à la fois la puissance du langage et la nécessité de libérer ou de protéger la pensée. Dans toutes les traditions on retrouve finalement, comme dans la Bible – et bien avant les médias contemporains et les réseaux sociaux – le pouvoir performatif du langage : la parole a une action sur le réel et donc le la parole peut changer le monde. C’est pourquoi, il faut bien choisir ses paroles et être bien outillé. D’autre part et comme les Grecs antiques le savaient déjà, le verbe et la pensée sont liés : ils l’appelaient le logos. Cette pensée-raisonnement qui alimente nos paroles est la véritable essence de l’humanité et, à ce titre, doit être préservée mais également constamment libérée des conditionnements abusifs et des biais cognitifs erronés.

Il peut paraître à ce stade un peu paradoxal de se référer à la répétition de formules rituelles comme les mantras. Le rationnalisme occidental aurait même une certaine aversion spontanée pour ces pratiques répétitives voire ésotériques. Je proposerais plutôt ici de raisonner par l’absurde et de prendre le temps d’une pratique méditative pour observer les mantras. Car de fait, certains mantras jouent déjà, à notre insu, une petite musique incantatoire sinon, malveillante, du moins, envahissante et négative. Il suffit ainsi d’allumer quelques instants un média grand public ou de participer à la moindre conversation de comptoir pour repérer les mantras tantôt vindicatifs, tantôt consuméristes, tantôt déclinistes voire complotistes sans parler des lieux communs plus ou moins anxiogènes sur l’époque et tous les autres les truismes auxquels nous nous laissons volontiers aller. Car le silence est parfois difficile à supporter et la pensée, réelle et approfondie, bien trop coûteuse en temps et en énergie.

Je propose de méditer, ici et maintenant, juste pour prendre conscience des mantras qui sont déjà à l’oeuvre en nous et de simplement vérifier s’ils nous sont utiles et agréables. Si ce n’est pas le cas, méditer nous permettra de faire le tri pour les laisser passer et nous en libérer. Enfin, si cela ne nous libère pas suffisamment ou ne nous protège pas vraiment, méditer nous permet de choisir par quels mantras nous pouvons les remplacer. Chacun selon ses goûts, sa culture personnelle ou sa tradition spirituelle peut choisir un mantra qu’il espère bienfaisant, et, ainsi expérimenter ce que sa répétition lui apporte. On peut choisir des syllabes dans l’univers sanskrit qui est propre à l’univers indo-gangétique du yoga ou quelques mots d’une prière dans la tradition qui est la sienne. On peut répéter un vers d’un poème ou d’une chanson qui nous viennent spontanément ou les quelques mots d’amis ou de parents qui nous soutiennent au fil des jours. On peut inventer aussi, à l’aide de quelques mots qui nous ressourcent, son propre mantra et s’offrir ainsi régulièrement le cadeau de nourrir, de libérer et d’apaiser son mental par ce rituel bienfaisant.

Méditer c’est, en effet, aussi observer les mantras.

Méditer permet ensuite de choisir de répéter plutôt ceux qui sont bienfaisants pour nous. Dans l’immobilité, en tournant son regard vers soi-même, nous pouvons laisser venir à nous les pensées… exactement telles qu’elles se présentent … et sans les générer particulièrement ni sans exercer la moindre pression sur elles…. nous pouvons presque jouer à repérer les pensées automatiques. Exactement comme on repèrerait nos tics de langage, nous pouvons, en amont, repérer nos tics de pensée… ces automatismes de la pensée en nous …. ces petites formules toutes faites et toutes prêtes qui tournent en boucle, en nous, à notre insu, mais qui ne sont pas sans effet. Il semblerait en effet que les mantras – comme la méditation au fond – puissent être observés par les neurosciences. Ils prouveraient la neuroplasticité du cerveau et l’influence de ces répétitions sur les connexions neuronales.

En dirigeant notre attention volontairement dans notre corps en particulier dans les parties de notre corps qui respirent comme le nez, la gorge, la cage thoracique, l’abdomen, nous ressentons plus nettement l’énergie émotionnelle qui est la nôtre et nous pouvons mieux repérer nos pensées automatiques.

Quelles sont les formules que nous répétons intérieurement ?

Qu’est-ce que nous nous entendons penser ?

Qu’est-ce que nous nous entendons dire presque malgré nous ?

Nous savons bien qu’il y a les mantras du quotidien… les mères de famille en particulier tournent un peu en boucle …. « dépêche-toi » tient la première place sur le podium …. avec toute une kyrielle d’autres : « brosse tes dents, range ta chambre, fais tes devoirs ».

Dans nos sphères professionnelles aussi, il y a un certain nombre de mantras qui sont proférés sans y penser … le photocopieur en rade … la machine à café sans sucre …. et tous les autres paramètres de nos environnements ….surtout quand ils nous contrarient.

Nous pouvons repérer les pensées rituelles, car, elles ont souvent une formulation avec des « toujours », des « jamais », des «de toute façon », des « moi je », des « mais moi je » et des « toi tu » …. « tout le temps, tu… » , « …jamais, tu… » …. toutes des formulations définitives et péremptoires qui agissent à notre insu, comme autant de mantras. Ces formules nous conditionnent, orientent notre regard, polarisent nos lunettes et au final dictent nos comportements.

Prendre quelques minutes de méditation pour les repérer…

Et puis, tout doucement, s’offrir la possibilité de changer de disque…., de skipper le morceau …., de choisir une autre programmation intérieure…

En méditant, petit à petit, on parvient à privilégier des messages intérieurs qui sont plutôt des ressources….qui nous réconfortent…qui nous encouragent… qui favoriseront peut-être la mise en action…

On cherchera dans la mesure du possible à générer, en soi, des mantras sur lesquels s’appuyer.

Méditer et observer les mantras permettra peut-être de trouver davantage de lucidité ou

d’énergie.

Dans nos rituels de méditation, nous disons d’ailleurs souvent les mêmes formules et progressivement, elles agissent. Et, d’une manière un peu pavlovienne, les prononcer nous aide à instaurer, de plus en plus, facilement un rituel apaisant.

Nous disons souvent « juste ici, juste maintenant »

Nous disons souvent « rien à faire, rien à prouver, rien à réussir, rien à rater »

Nous  pouvons dire « tout est là, juste là ».

A d’autres moments, nous dirons « tout change tout le temps ».

Chacun peut choisir un thème de son choix.

Juste essayer de se formuler un mantra intérieurement

Oser à l’occasion le dire à haute voix pour le

Partager éventuellement son mantra permet en retour à un moment ou un autre de se l’entendre dire par un ami ou un enfant. C’est étonnant comme nos mantras parfois nous reviennent, car d’autres se les approprient et les diront à un moment propice pour eux ou pour nous.

Nous recevrons alors cette ressource comme on aurait un jour misé quand la grande machine à jeux de l’univers et de la vie.

Essayons tranquillement sur plusieurs jours, plusieurs semaines…

Et expérimentons

Il n’y a rien à perdre…. tout à gagner avec des pensées… avec des paroles ressources….

Retrouvez dans nos précédentes publications :

Découvrir en quoi les mantras sont bienfaisants et choisir les pensées répétitives qui nous ressourcent
Méditer pour observer nos mantras et choisir des mantras bienfaisants