YOGA

Pourquoi le yoga est-il si inspirant ? L'échelle de Pantanjali évoque toutes nos dimensions et offre une source d'inspiration pour parvenir à l'harmonie paisible en nous et autour de nous.

arbre du yoga selon les yoga sutras de Patanjali issu de https://centre-anandayoga.fr/philosophie/

Pourquoi le yoga est-il si inspirant ?

Le succès croissant de la pratique du yoga dans le monde est avéré et il prouve qu’il s’agit vraiment d’une philosophie et d’un art de vivre inspirants universellement. Pourquoi le yoga est-il si inspirant ?

Dans son ouvrage L’esprit du yoga, Ysé Tardan-MAsquelier en 2005 présente le yoga comme un « des humanismes qui ont fleuri dans la vallée indo-gangétique » pour proposer une « discipline à médiation corporelle » assez différente de la représentation qu’on pourrait en avoir d’une simple pratique ludique. Il s’agit en fait d’ « une philosophie très complète et hiérarchisée de la nature humaine depuis la vie organique jusqu’à la globalité de la personne » qui propose une manière d’habiter le corps par la conscience afin de parvenir à ressentir une plus grande harmonie intérieure et tendre vers l’unité de ce qui en nous est complexe et multiple.

Depuis l’Antiquité, la transmission véritable du yoga se fait de maître à élève. Mais un certain nombre de textes ont fini par décrire le yoga. Ainsi des aphorismes ont servi d’aide-mémoire et ont été transcrits que l’on appelle les Yoga Sûtra de Patanjali qui ont été compilés entre le II°siècle avant JC et le V° siècle de notre ère. Ces 195 sûtra proposent un cheminement et une synthèse formalisés en 8 étapes afin de parvenir à une transformation radicale de son être, parvenir à la libération de ses capacités et à la compréhension profonde de l’existence. Il s’agit de ressentir au final une unité et une paix profonde non seulement en soi, mais également d’éprouver le sentiment d’être relié aux autres voire même à tout l’univers autour de nous.

En guise d’introduction au yoga, je propose simplement de découvrir ces pratiques et ces attitudes pour expérimenter et observer en nous si c’est inspirant non seulement dans l’espace de la méditation mais également dans le cours de nos vies. On peut s’appuyer pour plus de clarté sur des représentations sous forme d’arbre ou de rosaces à 8 branches ou encore d’échelle.

« L’ordre de cette énumération reflète les différents plans de l’être humain depuis sa relation avec le monde extérieur jusqu’aux éléments les plus subtils de lui-même »

La première partie concerne les relations avec autrui. La deuxième partie propose des axes de discipline personnelle. La troisième partie intervient sur le plan physique, c’est-à-dire le corps, par la pratique des postures. La quatrième aide à mieux gérer les énergies animant le corps en lien avec les émotions, par la pratique de contrôle du souffle. La cinquième partie développe le contrôle des fonctions sensorielles afin d’éviter que ce soit elles qui nous entraînent hors de nous-mêmes.

Quant aux trois dernières parties, elles concernent la conscience et décrivent trois étapes vers la paix intérieure et la libération spirituelle. L’ordre de l’énumération des huit membres correspond rarement à l’ordre chronologique de la démarche qui varie selon la personnalité et les affinités.

La méditation qui s’inspire de cette introduction consiste juste, pour le moment, à laisser résonner en soi tous ces aspects afin d’expérimenter la complexité et la richesse de notre être.

Cette méditation inspirée par ce que l’on appelle « l’échelle de PATANJALI » ou « les YOGA SUTRA » de PATANJALI est souvent représentée sous la forme d’un arbre. J’aime bien que cet arbre du yoga nous rappelle que, nous aussi, nous sommes constitués de racines, d’une écorce, de branches et de feuilles et qu’en nous circule une sorte de sève.

Nous méditons donc tout d’abord en effet pour observer comment nous nous comportons avec les autres en vertu des « yama », qui sont les règles de vie à adopter dans les relations aux autres. C’est bien intéressant de les voir ici représentées par des racines. Nous profitons de cette pause dans nos vies pour vérifier que nous sommes dans le soin des autres. Est-ce que nous appliquons bien AHIMSA, la non-violence, à tout moment et en toute circonstance ? Est-ce que nous nous appliquons à incarner SATYA, la vérité, pour apparaître honnête, congruent et authentique dans nos pensées, nos paroles et nos actions ? Sans doute que nous parvenons à peu près à pratiquer, ASTEYA, la non-appropriation et à laisser intact les affaires et les territoires des autres. C’est peut-être plus délicat de respecter APARIGRAHA, la non-avidité et le non-attachement. Parvenons-nous à demeurer en lien avec les autres mais d’une manière qui ne soit pas avide ou étouffante mais pas d’une manière modérée et contenue comme le préconise BRAHMACHARYA, la continence et la modération. Avec SATYA, c’est une attitude qui ne se nomme pas avec la a- privatif des autres attitudes. Et l’on peut ainsi apprécier que la philosophie du yoga nous invite à beaucoup nous limiter et nous contenir mais nous indique aussi des directions et des attitudes à prendre pour nous montrer bienveillants et soutenants pour les autres.

Comme les autres grandes sagesse – philosophies ou traditions – le yoga enseigne de veiller à la relation qu’on entretient de soi à soi-même afin de bien se traiter et de continuer de prendre soin des autres.

Méditer c’est donc aussi activer cette ressource qu’on appelle les NIYAMA. Le soin de soi serait le tronc de l’arbre du yoga. C’est bien intéressant que les règles que nous nous fixons dans notre conduite de nous à nous-mêmes soient si centrales. Je trouve que c’est inspirant ne serait-ce que pour montrer l’exemple. J’égrène ici les mots en sanskrit car il ne s’agit pas tant de les mémoriser que de se laisser bercer : SHAUCA , SAMTOSHA, TAPAS, SVADHYAYA et ISHVARA PRANIDHANA ( la purification, le consentement, l’enthousiasme et la joie de vivre, étude de soi, lâcher prise).

Nous méditons pour rétablir notre relation à nous-mêmes et veiller aussi bien à la santé de notre corps que de notre esprit, pour les purifier et les clarifier. Pratiquer le contentement et s’investir avec discipline, ardeur et intensité dans ce que l’on entreprend c’est se traiter avec dignité et respect. Prendre soin de soi c’est à la fois tenter de se connaître mieux et aussi incorporer les textes des grandes traditions humaines. C’est peut-être enfin, sous une forme ou une autre, se montrer dévoué et s’en remettre à une entité plus grande que soi. Chacun la nomme selon sa culture et sa sensibilité, la Vie, l’Humanité, la source ou le Divin …. La méditation est un temps dédié à l’entraînement pour maintenir cette haute qualité de relation à soi comme matrice de toutes les autres relations et comme source d’inspiration pour les autres en la matière.

Méditer par ailleurs c’est porter son attention sur le corps. C’est parfois le seul élément que l’on connaisse du YOGA, à savoir, les postures. Les ASANAS ou postures ne sont qu’un élément de l’arbre du yoga. Comme les branches de l’arbre, les postures constituent la partie du yoga qui nous invite au mouvement afin d’harmoniser toutes les dimensions de notre être autant sur le plan émotionnel que physique ou mental. En recherchant la posture juste et en vérifiant que nous sommes bien assis d’une manière qui ne brutalise pas ni ne contraint pas notre corps, nous nous entraînons à le respecter et à lui faire du bien.

De la même manière, dans le champ de notre incarnation, la philosophie du yoga invite à la régulation du souffle. Le souffle est associé à l’énergie vitale, le PRANA, et les exercices de contrôle, de régulation et d’étirement du souffle le PRANAYAMA sont associés aux feuilles de l’arbre. Il s’agit comme nous le faisons ici aussi de retrouver l’homéostasie et de soutenir la concentration mentale. La méditation formelle dégage un temps et un espace juste pour respirer et surtout pour souffler.

L’écorce de l’arbre du yoga est associée à PRATYĀHĀRA, l’écoute intérieure et le retrait des sens. Constamment sollicités par le monde extérieur à un point tel que nous nous sentons le plus souvent décentrés et comme éparpillés. Pour la plupart d’entre nous, les contraintes sociales font que nous n’avons plus le temps de faire une pause et que nous oublions, voire ignorons, notre propre nature. Méditer permet de pratiquer cette écoute intérieure et le retrait des sens : nous n’y sommes pour personne. Nous essayons de nous recentrer. En faisant une vraie pause, nous nous reconnectons à notre propre nature, à savoir, celle qui est protégée par notre écorce.

Le yoga c’est bien sûr également la philosophie qui rappelle que la concentration est nécessaire. Pratiquer DHĀRANĀ, la concentration, c’est essentiel pour le yogi focalise sa conscience sur un objet externe (une image, un arbre, un mandala, un son…) ou sur un support interne (le souffle, une image mentale, la récitation mentale d’un mantra…). Pendant la concentration, l’esprit n’a de cesse de se focaliser sur l’objet choisi et engendre un flux d’images et de sensations qui ne concernent que lui. Cette concentration exclusive nous fait perdre la perception de toute autre sensation, d’abord durant quelques secondes, puis pendant la durée totale de la séance. Porter ainsi la conscience, volontairement, d’instant en instant, sur un objet unique est tout à fait vital en fait et c’est sans doute pour cela que DHARANA est associée à la sève de l’arbre. Redevenir maître de son attention a une dimension tout à fait vitale.

C’est par la concentration qui nous libère par ailleurs de toutes les perceptions et de toutes les agitations que nous parvenons à cet état de méditation – DHYANA – dans lequel nous sommes enfin pleinement présents. DYHANA, la méditation, est souvent associée à la fleur de l’arbre. On comprend que l’arbre du yoga s’érige depuis les racines, le tronc, l’écorce, les branches, les feuilles pour permettre à une fleur d’éclore. Cette fleur c’est la présence, la qualité d’être dans la plénitude d’une présence véritable et authentique d’abord avec les autres mais aussi avec soi-même.

Concentration et méditation, Dharana et Dhyana, sont les premiers degrés pour parvenir progressivement à la paix intérieure et la libération spirituelle. Le yoga révèle cet état d’être et le nomme SAMĀDHI. C’est l’étape ultime du yoga, quand on ne voit plus les différences entre les êtres, quand on se sent uni avec le tout et connecté avec l’univers en général. Cet état d’unité parfaite et d’intégration complète avec l’objet de la méditation est comme le fruit de l’arbre du yoga. On comprend alors que toute cette philosophie à médiation corporelle nous invite à grandir dans le bonheur d’un état d’unité. Ne faire qu’un, être complètement intégré, ne plus voir les différences entre soi et l’autre, ce sentir spontanément, constamment, connecté à soi, aux autres et à l’univers tout entier, tout autour de nous. Avoir cette impression non seulement de ne faire qu’un avec soi-même, d’être réunifié mais aussi de ne faire qu’un avec les autres et avec le monde alentour. Dans un plus grand apaisement intérieur, dans une harmonie complète entre soi et les autres, entre soi et le monde extérieur, se sentir en lien avec soi-même, avec les autres, avec le monde tout autour, non pas dans un lien qui attache mais dans un lien qui libère, qui ouvre et qui fait grandir. Pratiquer le yoga dans tous les aspects de cette philosophie nous régénère profondément grâce à cette connexion de soi à soi, de soi aux autres et au monde tout autour. Nous ressentons la possibilité d’une unification de toutes nos dimensions dans l’harmonie intérieure et le lien paisible et tranquille aux autres et au monde qui nous entoure.

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