ANXIETE

Méditer pour apprivoiser l'anxiété et apprendre à vivre avec elle tranquillement.

043 – ANXIETE Méditer pour apprivoiser l’anxiété

Qu’est-ce que l’anxiété ?

Le site du CAIRN l’étymologie renvoie au mot latin angustia qui est un pluriel pour désigner l’étroitesse d’un lieu, un lieu resserré : on peut imaginer comme un canyon ou les gorges d’une rivière. C’est intéressant et finalement évocateur de la gorge serrée qui est l’une des manifestations physiques de l’anxiété. L’anxiété se manifeste en effet par des « réactions diverses face à la possibilité d’un danger, c’est-à-dire un danger qui approche et qu’on imagine ». Cette définition du psychiatre Christophe André dans l’ouvrage A nous la liberté ! Écrit avec Mathieu Ricard et Alexandre Jollien permet de distinguer l’anxiété de la peur d’une part qui désigne « l’ensemble des réactions du corps et de l’esprit face à un danger » et l’anxiété de l’angoisse qui se présente comme « une peur sans objet actuel et présent ». Toutefois l’angoisse est, elle aussi, bien réelle qui « asservit le corps et l’esprit ».

Comment fonctionne l’anxiété ?

Christophe André se présente lui-même comme un grand anxieux et il explique, avec simplicité et humanité, le fonctionnement du « cerveau anxieux ». Pour lui, l’anxiété serait comme « une allergie à l’incertitude » qui nourrirait une « tendance à anticiper et amplifier les difficultés » et donc dans les cas les plus intenses « la vie entière se transforme en source d’inquiétude ». Le cerveau anxieux « est transformé en machine à surveiller, à éviter, à planifier ». L’anxiété peut se montrer assez envahissante car « même un risque imaginaire est capable d’envahir et d’asservir notre esprit ». On peut assister alors à « l’emprise d’une improbable projection » sur notre vie toute entière qui est affectée par une « vision du réel qui s’est distordue », qui a déformé et amplifié les dangers et qui conduit à une « perte de flexibilité » pathologique puisqu’il devient « impossible d’envisager d’autres possibilités ou d’autres actions ». Christophe André cite des études qui ont montré que « plus on est anxieux et plus on focalise sur l’objet » d’inquiétude. A un degré élevé, l’anxiété peut même se changer en angoisse. Les crises d’angoisse surviennent quand on se « projette dans le virtuel et dans des scénarios catastrophes improbables » à tel point que « l’esprit inflige des souffrances absurdes et créées par nous-mêmes ». Or, comme le fait remarquer Christophe André « le corps ne fait pas la différence entre le virtuel et le réel » comme on le vérifie à chaque fois que l’on a peur au cinéma et que notre rythme cardiaque s’accélère quand notre respiration se raccourcit. Dans l’anxiété comme dans l’angoisse, la souffrance psychique, émotionnelle et physique est bien réelle et tout à fait avérée.

Quelle serait l’origine de l’anxiété ?

Il est certain que l’anxiété a de multiples origines génétiques : les origines sont physiologiques, familiales, culturelles … et il est sûr aussi que l’on n’est pas égaux face à l’anxiété comme face à la peur avec laquelle elle est intimement liée. Or, Christophe André rappelle très bien que la peur est certainement « la mère de toutes les autres émotions douloureuses » et que l’on « héberge toujours une ou plusieurs peurs » au fond de nous. C’est peurs sont à l’origine des ruminations mentales et donc par extension des moments d’anxiété. D’ailleurs, il rappelle que même les organismes primitifs sont animés de 2 mouvements l’un pour approcher les ressources et l’autre pour éviter les dangers, ce qui prouve leur capacité à la projection face aux dangers. Les individus anxieux sont donc certainement parmi ceux qui contribuent le plus, par leur talent d’anticipation des dangers, à la préservation de leur espèce.

D’autre part, avec nos trois amis Mathieu Ricard, Alexandre Jollien et Christophe André nous croyons qu’il n’est guère possible de traverser la vie humaine sans connaître ni anxiété ni angoisse car par essence la vie humaine est fragile et éphémère . Ces auteurs confirment ce que Thich Nhat Hanh nomme « la peur originelle » dans le livre Prendre soir de l’enfant intérieur : car au fond, « nous craignons tous de mourir » et nous touchons-là à la « vraie cause de l’angoisse » dont elle est la « peur de la mort » est « composante principale » et qui se décline à faible dose dans de multiples aspects de notre existence tel un poison subtile, facile à dissimuler et peu détectable au premier abord.

Quelles seraient les ressources pour vivre mieux la présence de l’anxiété dans notre vie ?

L’enjeu au final est donc de traiter l’anxiété comme une forme de peur sans argumenter ni raisonner pour ne pas aggraver l’emballement mental. L’intention c’est d’« échapper au rétrécissement de la peur et à l’état d’urgence aliénant qu’elle engendre » comme le décrit Mathieu Ricard. Le grand intérêt pour moi de la psychologie bouddhiste c’est de proposer des remédiations ou des antidotes qui sont d’autant plus pertinents qu’ils considèrent la réalité de l’anxiété telle qu’elle est sans prétendre la combattre ni la faire disparaître ce qui serait vain et illusoire. Christophe André également indique que ça se travaille : « si tu veux vivre heureux quand tu es anxieux, sois capable d’affronter les vagues d’anxiété pour ne plus t’y noyer ». Bien sûr les techniques sont à acquérir en amont pour être efficaces « au cœur de la tempêtes » et elles demandent un véritable « entraînement existentiel » puisque « la condition humaine implique de ressentir régulièrement des moments d’anxiété et de désespoir ».

La pleine présence et les exercices d’entraînement du corps et de l’esprit consistent à « accepter de laisser la peur en place mais justement de ne pas la laisser prendre toute la place ». Alexandre Jollien décrit bien comment la pleine présence permet de « dissoudre cette brume des émotions » que « la peur surajoute au réel » afin d’ « apprendre à vivre l’expérience sans rien ajouter » en ancrant d’instant en instant tout son être dans le réel, « dans le refuge de l’instant présent ». Ainsi progressivement nous découvrirons davantage de sagesse au fond de nous et un nouvel espace intérieur à partir duquelle «  progresser vers la liberté intérieure », « joyeuse et contagieuse ».

Nous nous installons dans une posture stable, digne, redressée et nous cherchons le plus possible à demeurer dans l’immobilité… sans raideur, sans tension, sans crispation …. Nous proposons d’observer le fonctionnement du système d’alarme existentielle comme l’appelle Christophe ANDRE.

Nous pouvons à titre d’exercice, nous remémorer une petite crise d’anxiété sans gravité.

Essayons d’observer dans nos souvenirs quels étaient alors les ressentis dans notre corps et tout spécialement les ressentis liés à la respiration.

Est-ce que nous pouvons nous rappeler les émotions ressenties dans cette situation donnée.

Est-ce que nous pouvons nous rappeler quelques bribes de notre discours intérieur surtout s’il est régulier ou habituel dans ces cas-là

Et puis nous pouvons essayer – maintenant  que nous sommes à distance de cette petite crise d’anxiété – de décrire cliniquement et de manière aussi neutre que  possible, le déclencheur de cette petite crise d’anxiété.

Nous essayons de le décrire comme le ferait un scientifique, un journaliste ou un observateur assez neutre.

Et d’ores et déjà nous observons, à ce moment-là, que  notre attention n’a peut-être pas fonctionné de manière tout à fait appropriée.

Reconnaissons tout simplement que notre attention a fonctionné à ce moment-là de manière anxieuse en générant certainement des exagérations voireune certaine dramatisation. Nous avons peut-être distordu un petit peu la vérité par des généralisations ou toute forme d’interprétation.

Christophe ANDRE propose de pacifier progressivement ces alarmes mentales par une formation et un exercice de l’attention.

Peut-être que la prochaine fois que nous nous retrouverons dans une situation plutôt contrariante ou plutôt inquiétante, nous pourrons nous rappeler en quoi consistait cet exercice.

Peut-être que la prochaine fois que nous sera donné à vivre une situation un tout petit peu désagréable, inconfortable, ou légèrement inquiétante voire légèrement contrariante,  nous pourrons commencer par observer, juste observer. L’exercice consiste àprendre quelques tout petits instants pour reconnaître ce qui se passe en nous et pour prendre le temps, aussi, d’essayer d’accueillir en soi la situation. C’est un entraînement difficile qui consiste à faire une place en soi pour le réel tel qu’il est  sans juger, ni repousser, ni s’affoler.

Christophe ANDRE nous invite  à demeurer dans le ressenti corporel et dans nos sensations physiques afin d’activer notre système parasympathique et de calmer le mental. L’exercice consiste à demeurer pleinement présent aux ruminations anxieuses, à laisser surgir les pensées sans les suivre, ni les repousser, ni les alimenter.

On peut même faire comme un jeu de cette observation du discours intérieur et peut-être qu’un jour à force d’entraînement  nous aurons suffisamment d’espace intérieur pour glisser un tout petit d’humour et de bienveillance pour soi-même.

Prendre l’habitude d’observer tranquillement ce qui se passe en nous, ce qui se dit en nous, ce qui se pense en nous.

S’habituer, au fil des jours, à repérer les pensées anxieuses. Détecter de mieux en mieux ces idées virtuelles, ces fantasmes sans fondement et cet emballement du mental.

Prendre l’habitude de les nommer et puis de leur trouver une place. On peut imaginer les ranger dans un petit dossier, un petit tiroir ou un petit disque-dur intérieur.

Ensuite, ce sera plus facile d’essayer, tranquillement et doucement, de revenir à une perception de la réalité plus fiable c’est-à-dire une perception de la réalité plus conforme à ce qu’elle est. Essayer de percevoir la réalité sans les déformations, sans les amplifications et sans les dramatisations auto-générées.

Car, toutes des distorsions ont une tendance à produire en nous comme d’épais nuages noirs ou à transformer une goutte d’eau en une flaque ou une mare voire un étang. Et, de proche en proche, nous nous mettons à élargir tellement ce lac imaginé virtuellement qu’il ne peut plus du tout être franchi comme l’indiquait le poète RAMOS.

Essayons tout au contraire de nous dépouiller de ce cinéma intérieur inquiet et anxieux a priori. Essayons de revenir à la cause objective, précise et mesurable de l’inquiétude.

Impliquons tout notre corps à ce retour au réel et à cette mesure objective de la situation car le corps, lui, est constamment dans le réel. Revenons d’instant en instant aux ressentis de notre corps comme l’écoute des sons ou les sensations du souffle. Le corps et la conscience qui observe se distinguent de l’anxiété. Ils ne sont pas la peur, ils ne sont pas l’anxiété, ils ne sont pas l’angoisse.

Activons comme le préconise la tradition tibétaine de revenir juste ici et juste maintenant. Activons cette ressource qui consiste à prendre refuge dans l’instant présent. Restons sans attente, ancré dans notre stabilité physique et essayons d’élargir la perspective mentale pour parvenir à une vision défocalisée et à une vision panoramique de la réalité.

Il s’agit d’accroître en nous l’impression de sécurité intérieure et d’élargir espace intérieur du calme.

L’immobilité et la posture redressée induisent davantage de confiance intime et de force intérieure.

Nous ressentons davantage, dans notre corps, que, quoiqu’il arrive, nous pouvons nous appuyer sur ces ressources intérieures pour nous guider vers des actions efficaces et des réponses pertinentes.

Ce sont des exercices assez difficiles, peut-être rébarbatifs, et qui exigent de nous une forme de persévérance.

Mais ce sont des exercices nécessaires pour parvenir à développer une autre manière de vivre l’anxiété. Il s’agit de cultiver régulièrement un autre art de vivre. Par la méditation, nous apprenons à vivre ces épisodes anxieux et à les traverser. La pleine présence vise à rendre l’anxiété vivable de plus en plus facilement ou de moins en moins difficilement.

Nous plaçons notre confiance dans les textes que nous avons cités car ils indiquent qu’il y a moyen de s’en sortir petit à petit. Par cet entraînement, progressivement, nous parviendrons à vivre l’expérience quelle qu’elle soit sans en rajouter. Nous parviendrons à vivre l’anxiété sans en rajouter. Vivre tranquillement l’anxiété. Ainsi l’anxiété trouvera en nous sa juste place et cessera d’occuper toute la place. Nous trouverons ainsi, par l’entraînement, un moyen de progresser vers la liberté intérieure, joyeuse et contagieuse.

Précédents podcasts à consulter

Faut-il avoir peur de la peur ?

Méditer pour connaître la peur

Faut-il avoir peur du grand méchant stress ?

diter pour surfer les vagues de stress

Chanson Pomme « Anxiété » …un support « sororal » de méditation.

https://www.cairn.info/revue-enfances-et-psy-2009-1-page-40.htm

https://www.lalanguefrancaise.com/dictionnaire/definition/anxiete

https://esprityoga.fr/easyblog/scan-corporel-pour-apprivoiser-l-anxiete

https://esprityoga.fr/easyblog/disputes-stress-anxiete

https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/la-chronique-de-christophe-andre/la-chronique-de-christophe-andre-7054624

https://esprityoga.fr/easyblog/15-remedes-naturels-pour-lutter-contre-l-anxiete

https://www.selection.ca/sante/vivre-sainement/10-positions-de-yoga-pour-soulager-lanxiete/

image résileste.com

https://www.miditrente.ca/fr/blogue/3-outils-pour-aider-les-jeunes-a-surmonter-l-anxiete-de-performance

https://www.anxiete.fr

https://www.babelio.com/livres/Rinpoche-Bonheur-de-la-sagesse–Accepter-le-changement-et-/1121270

https://www.babelio.com/livres/Rinpoche-Bonheur-de-la-meditation/109794

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