Pratique MEDITER LA COLERE POUR EN LIMITER LES CONSEQUENCES NEFASTES

Pratique de 20 min MEDITER LA COLERE POUR EN LIMITER LES CONSEQUENCES NEFASTES en repérant les premiers signaux afin de les traiter comme signal d’un besoin majeur

Méditer pour ressentir les premiers signaux de la colère et en limiter les conséquences néfastes

Parmi les émotions intenses et parfois difficiles à vivre, il y a bien sûr la colère. C’est d’ailleurs une des émotions qui se remarquent le mieux et qui est l’objet de nombreuses expressions dans tous les registres.

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Nous pouvons partir de l’expression « les foudres divines » pour retrouver la mythologie grecque et se rappeler que les Grecs se représentaient Zeus, le père de Dieux, de manière anthropomorphique, comme un dieu assez colérique. Et les Grecs redoutaient pour eux-mêmes, en effet, toutes les conséquences de ses colères susceptibles de les transformer en animal , en rocher ou en monstre.

Dans la Bible aussi on peut trouver la mention de la « colère divine » par exemple dans le Deutéronome. Dieu dans ce cas a le monopole de la vengeance. L’épisode du déluge illustre ainsi l’une des plus édifiantes colères divines du fait de la déception causée à son créateur par l’humanité. Le déluge permet de faire table rase et d’apaiser la colère divine. Plus tard on trouve l’expression « sainte colère » pour faire référence à l’épisode de l’Evangile dans lequel Jésus se met en colère contre les marchands du Temple à Jérusalem. Il faut se représenter l’esplanade qui monte au Temple et les soubassements de celui-ci dans lesquels sont nichés des petites boutiques qui proposent à la vente tout le nécessaire pour le culte. Il s’agit pour Jésus non pas de fustiger le commerce en soi, mais, de donner une nouvelle lecture de la relation à Dieu et au Temple, et, dans son exaspération, il renverse les tables de change des marchands qui ne comprennent pas son message nouveau.

Nous pouvons aussi tenter d’aller du côté de la philosophie. Et on retrouve, au IVè siècle avant JC en Grèce, chez Aristote cette colère présentée comme une passion. Ce serait une passion nécessaire à la vie humaine, voire normale en fait. La nature en aurait dotée les humains afin qu’ils finissent par se sentir mieux. Au fond la colère serait le moyen de mieux réaliser notre bien, de disposer d’une plus grande vigueur morale et, au final, de la force nécessaire pour advenir à son meilleur. Mais évidemment, tout ceci n’est acceptable qu’à condition que, comme toutes les autres passions, la colère soit modérée par la raison. Car, hors des limites de la raison, les passions constituent des armes dangereuses voire des armes impossibles à manier. Et là, on voit bien que la colère a pu également être considérée de manière péjoratvie voire négative. On le voit ainsi avec Sénèque, plus tard à Rome au Ier siècle de notre ère, dans De Ira, le traité philosophique Sur la colère qu’il écrit à la demande de son frère qui en avait besoin. Sénèque se montre très sévère, considérant la colère comme le vice supérieur à tous les autres, le « fléau du genre humain », sans aucune utilité et à bannir absolument car la colère ouvrirait la porte à tous les autres vices. Il la décrit comme une « excitation de l’âme qui marche volontairement et délibérément vers la vengeance, le désir d’infliger un châtiment ». Il en dénonce les « funestes effets » et il préconise de la chasser de nos vies.

On retrouve cette condamnation de la colère dans le christianisme, qui s’élabore à la même période dans l’empire romain. La colère est rangée dans les Sept pêchés capitaux avec la haine et l’envie qui veulent du mal au prochain, qui sont associées à la violence et qu’il convient donc d’éviter le plus possible. Saint Thomas d’Aquin enfin au XIIIè siècle dans sa Somme théologique pose la question de savoir si la colère ne serait pas le pêché le plus grave, pire encore que la haine et l’envie. Après un examen très méthodique de la question, il en vient cette conclusion que, si et seulement si, la colère est soumise à la raison, elle pourrait être considérée comme naturelle et utile permettant par exemple la promptitude et l’exercice d’autres vertus comme le courage, la magnanimité, la justice. Mais, si le rempart de la raison cède, alors tout est perdu. Et saint Thomas d’Aquin d’observer, que la colère est source de beaucoup de fautes, au sens moral du terme, même quand l’objet de la colère revêt l’apparence du bien. Et dans l’histoire, il y a en effet maints exemples qui étayent cette thèse à savoir que, trompés par la séduction du bien, les hommes en colère se sont livrés à des crimes terribles. Et donc, la colère est toujours suspectée de nous faire prendre un risque moral en raison des conséquences qu’elle engendre.

Pour finir, par ailleurs, on peut également citer Albert Camus, dans l’Homme révolté, 1951 qui propose un point de vue plus existenciel sur la colère et la présente comme le contraire de l’insouciance et de l’indifférence. La colère serait plutôt comme une ouverture au monde qui donne une « puissance d’être ». Elle serait plus légitime car elle donne le courage de survivre à l’homme quand il est livré au mal le plus absurde. C’est la colère qui donne la capacité à exprimer sa résistance à l’opposition et à l’oppression.

L’approche de la méditation enfin peut constituer une ressource supplémentaire et peut-être supérieure aux autres en ce qu’elle offre un entraînement et une pratique renouvelée pour venir à bout de la colère. Tout d’abord, il s’agit d’utiliser la psychologie pour changer de regard et considérer la colère comme une émotion naturelle qui aide au pilotage de sa vie en procurant un surplus d’énergie dans le corps qui est utile pour se mettre en mouvement et passer à l’action. La colère serait donc un excellent starter. En effet, la colère permet de mettre des limites à son territoire et éventuellement d’en chasser les intrus, que ce soit un territoire physique, un territoire symbolique ou un territoire psychique. La colère est davantage considérée comme la garante du respect de soi et de ses valeurs. Et de ce fait elle devient indispensable. Evidemment, il y a une gradation dans la colère. On observera de petits agacements, de légères irritations mais parfois il y aura de grosses bouffées de colère, voire un véritable volcan intérieur qui gronde et menace d’exploser si nécessaire pour dégager son territoire. Christel Petitcolin, qui décrit ainsi la colère dans son petit livre, Emotions, mode d’emploi indique qu’il n’y a qu’une sorte de colère qui soit vraiment inadéquate, c’est la colère contre soi. Elle explique que c’est d’ailleurs absurde de vouloir s’en prendre ainsi à un ennemi intérieur. Elle propose l’image de la guerre civile à l’intérieure de soi avec une métaphore fratricide qui nous mettrait comme hors de nous. Et ce n’est pas souhaitable ni vivable.

En méditation de pleine conscience, nous sommes donc invités à connaître le sens de la colère et à reconnaître son utilité pour gagner en puissance intérieure et mieux disposer de notre espace psychique. On fera toutefois très attention à ne pas envahir, sous l’effet de la colère, le territoire d’autrui. Et c’est d’ailleurs là que Christel Petitcolin distingue la rage de la colère. Si la colère est exprimée d’un ton calme, ferme et déterminé c’est une énergie pour agir. Par contre, si la colère est générée par un sentiment d’impuissance ou une frustration ressentie quand on est confronté à des limites extérieures difficiles à appréhender, elle peut dégénérer en une rage, une mise en accusation d’autrui ou alors carrément même de la violence. Et, plus on se sentira impuissant à défendre son propre territoire plus on aura tendance à secouer la clôture des autres voire à envahir le territoire des autres. Or, si les émotions sont toutes absolument légitimes, tous les comportements ne le sont pas. Ce sont bien les comportements qui sont à modérer en priorité. Pour gérer les accès de rage, c’est tout un apprentissage de la frustration qui doit se faire pour admettre que les autres aussi ont leurs limites et qu’elles ont également leur pertinence. Le remède à la frustration ce sera dans ce cas-là le lâcher-prise.

Grâce à la méditation nous pourrons prendre effectivement en compte la colère dès les tous premiers frémissements d’agacement pour protéger son territoire, faire respecter son identité et ses limites et imposer l’équilibre dans la relation avec l’autre. Comme pour la peur, il s’agit de traiter les premières étincelles car, comme le dit souvent Mathieu Ricard, c’est toujours plus facile que d’éteindre une étincelle qu’un feu de forêt. Il s’agit enfin d’apprendre soit à agir ou soit à lâcher-prise avec justesse et pertinence, en revenant en nous pour déterminer quel est le besoin dont l’émotion est le signal. Et en général nous observerons un besoin de se sentir respecté à l’origine de la colère qui doit être pris en compte et c’est la raison pour laquelle on doit s’entraîner pour ne plus redouter la colère, mais reconnaître qu’elle est nécessaire et constructive. Cet accélérateur garantit en effet notre identité et notre intégrité et permet de formuler des phrases à la première personne et d’employer les termes du champ lexical du respect pour évoquer son territoire, ses valeurs, son temps. Ce besoin de respect est par ailleurs différent du besoin essentiel d’être aimé avec lequel il ne faut jamais le confondre. La méditation, donc, permet de ressentir dans le corps l’énergie de l’émotion pour la reconnaître et en tenir compte. La méditation permet de distinguer précisément les besoins à nourrir et permet enfin de trouver les actions les plus ajustées et les plus pertinentes à poser.

Sources : Michel ERMAN, Au bout de la colère, réflexion sur une émotion contemporaine, Plon, Paris, 2018

Christel Petitcolin, Emotions, mode d’emploi, Jouvence, 2003

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