INTRO La méditation suppose et développe la patience 8min

podcast introductif 8 min La méditation suppose et développe la patience

La patience fait du temps une ressource que la méditation permet de cultiver conformément aux grandes traditions et sagesses universelles.

A rebours de notre époque, la méditation est en effet une pratique qui suppose une certaine patience. Toutefois, méditer ce n’est pas attendre car ce n’est pas se tendre vers un objectif ni vouloir obtenir à toute force un résultat bénéfique. Méditer c’est prendre le temps et laisser le temps agir au fond. C’est ainsi qu’en méditant, il se peut que l’on devienne plus patient et que dans le quotidien et la “vraie vie”, l’on développe un autre rapport non seulement au temps mais aux circonstances contrariantes et désagréables.

Il n’est d’ailleurs pas aisé de définir véritablement la patience et ni comprendre en quoi c’est une ressource pour nous. On saurait mieux illustrer son contraire : l’impatience. Il y a même une fleur nommée l’impatience de Waller, Impatiens Walleriana. Le terme «impatiens» est un peu ironique. Le nom scientifique provient de l’impatience de la plante à répandre ses graines. Le toucher le plus léger provoquera l’ouverture d’une gousse d’impatiens et une envolée massive de ses graines.

La patience, elle, interroge à la fois notre rapport au temps et aux événements. Selon Larousse c’est la qualité de quelqu’un qui sait attendre avec calme et dans la sérénité. C’est aussi l’aptitude à ne pas s’énerver ou se sentir exaspérer des difficultés, à supporter les défaillances, les erreurs, les malheurs. C’est enfin la capacité à persévérer et à montrer de la constance dans la poursuite d’un dessein malgré les obstacles et les difficultés inhérentes.

On s’épargnera ici la litanie des proverbes et citations qui valorisent la patience sur tous les continents et dans toutes les cultures car notre propos n’est pas une leçon de morale mais de trouver des ressources utiles. Ainsi on préférera relever que dans toutes les traditions mythologiques ou spirituelles, la patience est présentée comme une vertu éminente et parfois comme la mère de toutes les autres vertus. La patience est comme la force de caractère par excellence. Il y a bien sûr les 12 travaux d’Hercule et toutes les quêtes initiatiques qui mettent à l’épreuve la patience et l’endurance du héros. Chez Homère, par exemple, que ce soit les Grecs devant Troie, Ulysse pour revenir à Ithaque ou Pénélope travaillant à la tapisserie, c’est bien la démonstration de la capacité à endurer les difficultés et la capacité à se situer consciemment et volontairement dans un temps long sans perdre ni espoir ni confiance.

Dans la Bible, la qualité divine de patience est traduite de l’hébreux, par le terme « lent à la colère », signifierait « longueur de souffle ». Dans les Evangiles, en grec donc, le terme employé est macrothumia a pour traduction exacte « longanimité », c’est-à-dire la capacité de Dieu à endurer ce qui lui déplaît et qu’il aurait pourtant le pouvoir de faire cesser. La patience du Christ est édifiante à la fois dans l’épreuve qu’il subit et dont il fait preuve envers les hommes qui lui manifestent incompréhension et haine.

Du côté du bouddhisme, enfin, la patience (seupa en tibétain) fait partie des 6 perfections pratiquées par les bodhisattvas, ces êtres qui restent incarnés volontairement pour instruire les autres humains dans la voie de l’Eveil. La patience est considérée comme l’antidote aux deux grands ennemis intérieurs que sont la colère et la haine car la patience permet d’endurer, de tolérer et de supporter les nuisances et agressions sans se laisser envahir par le ressentiment, le découragement ou la victimisation. Faire preuve de patience c’est choisir de comprendre les causes de la souffrance ou des situations contrariantes et déterminer éventuellement quelle est notre part de responsabilité. Il ne s’agit pas du tout de se résigner passivement ni de se soumettre mais de conserver son esprit clair et paisible et de rester calme et posé pour mieux agir face aux circonstances hostiles.

On retrouve ici des parentés avec la conception philosophique occidentale dont le parangon reste le stoïcisme bien sûr. La patience est donc cette ressource de la sagesse qui permet, surtout dans les cas où la souffrance ne dépend pas de soi ni ne peut être supprimée, de vivre le mieux possible avec, de « faire avec » sans trouble excessif ni vaine révolte. C’est donc choisir de demeurer libre. C’est décider de ne pas devenir le prisonnier de la souffrance ni devenir le jouet des circonstances néfastes. Ce n’est pas une attitude morale mais un choix éthique pour une vie bonne et juste au sens philosophique du terme. Et si au fond, la patience ne pouvait s’apprendre que face à l’adversité ? Et si les épreuves avaient un intérêt malgré tout, à savoir nous initier à un rapport au temps renouvelé.

Ainsi la méditation demande-t-elle à être pratiquée avec cette intention de considérer le temps comme un allié et une ressource. Et en retour, pratiquer la méditation fortifiera en nous la stabilité émotionnelle et la “longueur du souffle” nécessaires pour sortir de la réactivité et de l’impulsivité. La méditation favorise en effet l’observation en première intention et le discernement en second lieu. Il s’agit ainsi de prendre le temps d’étudier les différentes options et en toute connaissance de cause choisir de poser les actions les plus justes, les plus congruentes et les plus efficientes.

La méditation suppose et développe la patience

Vous trouverez une réflexion sur la patience au lycée en cliquant ici. Et la pratique MEDITER POUR CULITIVER LA PATIENCE en cliquant ici.

Sources : http://www.technospeak.fr/impatiens-walleriana-une-plante-de-patience-qui-ne-lest-pas.html

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Nathalie Chassériau, Bouddhisme au quotidien, Hachette pratique, 2009

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