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Une approche philosophique, littéraire et psychologique afin de renforcer la motivation à méditer pour que la tristesse se fasse mouvement et continuer à avancer malgré tout : podcast 12 min Adieu tristesse, bonjour tristesse

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Adieu tristesse, Bonjour tristesse” est un vers de Paul Eluard dans le poème, A peine défigurée, paru dans le recueil La Vie immédiate (1932). C’est une oeuvre qui explore contradictions de la vie et les alternances de l’humeur. La possibilité de percevoir la tristesse et en même temps l’amour dans les yeux aimés.

Cette ambivalence à l’égard de la tristesse est cultivée ensuite par Françoise Sagan qui, à 18 ans et 1954 , l’utilise pour titre de son roman Bonjour tristesse et écrit :

“Sur ce sentiment inconnu, dont l’ennui, la douceur m’obsèdent, j’hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse”. On voit donc que la tristesse est une émotion difficile à nommer voire à identifier.

Pour les philosophes, l’émotion c’est une manifestation de la vie affective accompagnée d’un état de conscience altéré – agréable ou pénible. Dans ce champ, l’émotion est plutôt assimilée à un trouble ou à une rupture d’équilibre de durée éphémère contrairement à la passion qui est un déséquilibre durable de la raison. Pour un individu qui doit réagir à une situation nouvelle ou inattendue, il doit faire un effort et c’est la raison d’être des émotions. Baruch Spinoza, au XVII° siècle, aux Pays-Bas, a par exemple bien insisté sur la tristesse. Pour le dire vite, chez Spinoza tout est déterminé par la Nature divine afin de produire un effet. Et selon cet auteur, il y a 2 grandes familles de passions, celles en lien avec la joie et celles en lien avec la tristesse. La joie est alors présentée comme un passage à une plus grande perfection dans l’affirmation dynamique de son être, comme si l’on se rapprochait ce qui est grand en nous, peut-être de ce qui est divin en nous. Et la tristesse au contraire serait une modification passive de notre être, le passage à une moins grande perfection qui se décline dans d’autres passions, dites des passions tristes comme la haine et l’envie qui rendent l’homme passif et le maintiennent dans un état de servitude. Donc pour Spinoza, le rôle de la philosophie ce serait de permettre à l’être humain d’être et de rester maître de lui-même et, par, une connaissance véritable de ses passions de mieux connaître le réel et de mieux accéder à la plénitude de l’existence. On retrouve ainsi l’aphorisme de Cioran qui fait de la philosophie un antidote à la tristesse.

Jean-Paul Sartre en ce qui le concerne a décrypté les émotions comme une réaction pure. Dans Esquisse d’une théorie des émotions (1939), il cherche à traiter l’émotion comme un phénomène. Et il l’observe ainsi comme un effort de l’homme qui produit et entretient des émotions pour changer le monde par ses seules forces psychiques. Et l’émotion en effet cherche à rétablir le réel tel que l’individu qui la ressent le voudrait. Et on retrouve l’idée que “l’émotion est une transformation du monde” donc elle a un sens et une intention.

En littérature, par ailleurs, la tristesse a été mise en valeur. Le grand siècle de la tristesse c’est le XIX° siècle qui a vu le romantisme accorder beaucoup d’attention à la mélancolie, un mélange de tristesse et de nostalgie. Victor Hugo par exemple écrivait “ la mélancolie, c’est le bonheur d’être triste”. Musset et Chateaubriand en ont fait le mal du siècle et à la fin du siècle, le Spleen baudelairien en a été le point d’orgue. En effet, le contexte historique est alors marqué par l’industrialisation et le rationnalisme et a pu être perçu comme un “désenchantement du monde” pour citer le sociologue Max Weber. Cette forte remise en cause du sens de la vie et des valeurs traditionnelles a pu pousser les poètes romantiques à trouver dans l’art un remède à ces désenchantements successifs. Un poète comme Lamartine représente bien ce culte de la subjectivité et du Moi profond qui est décrit avec lyrisme et qu’un vers comme “un seul être vous manque et tout est dépeuplé” illustre tel un exemple-type.

Pour les psychologues, la tristesse est comme une preuve de notre humanité avec les 4 émotions de base dont nous sommes dotés pour piloter notre vie et qui sont en fait une énergie. La tristesse est ainsi une énergie dirigée vers le bas qui impulse un mouvement de descente et de retrait comme pour aller en soi-même avec des zones du corps dont l’activité est ralentie comme les membres, bras et jambes qui perdent leur élan. On peut alors mettre en exergue l’utilité de la tristesse qui est de signaler un besoin de réconfort, le réconfort qu’on peut se donner soi-même ou la compassion qu’on peut solliciter d’autrui. La tristesse signale également le besoin de lâcher nos attachements à nos projets, nos proches ou nos illusions afin d’en être ensuite consolés. Donc c’est une émotion qui est tout à fait appropriée quand il faut vivre un deuil, qu’il faut tourner une page. On se sent alors triste pour ce qui nous a donné de la joie et qui n’est plus là. Et notre tristesse est proportionnelle à la joie qu’on avait et elle peut donc être très intense. Par conséquent, l’éducation aux émotions est intéressante et le livre de Christel Petitcolin, Emotions mode d’emploi, est à recommander. Car on pourra faire ainsi attention aux attitudes anti-émotions qui empêchent le besoin ressenti d’être vraiment satisfait. C’est le cas par exemple avec l’usage de faux pansements. Les recadrages interprétent aussi la tristesse comme de la fatigue. D’autres attitudes génèrent de la culpabilité et d’autres enfin sont dans le déni du ressenti. On saura aussi reconnaître les émotions parasites qui sont parfois mieux tolérées dans certains environnements familiaux. Ainsi il arrive qu’un environnement familial supporte mieux la colère que la tristesse et donc progressivement la confusion s’opère entre les deux émotions, en particulier pour les garçons. La tristesse peut également être victime de racket émotionnel qui est le fait, dans un groupe ou une famille, d’être comme monopolisée par un individu qui en exagère la manifestation avec cette conséquence que les autres en sont comme privés. Autant de pistes à explorer avec profit pour ne plus redouter la tristesse, pour bien la distinguer des regrets par exemple, car l’on peut être triste sans avoir le désir que les choses ne recommencent. Mieux connaître la tristesse permet aussi de ne pas l‘amalgamer à la dépression qui est un état émotionnel troublé mais dans la durée et de façon beaucoup plus intense qu’une émotion qui finit toujours par passer.

Méditer est en tous les cas une pratique utile et bienfaisante car elle permet d’éviter que la souffrance ne se fige en nous et nous paralyse. Nous méditerons pour que la tristesse se fasse mouvement et nous aide à avancer dans la lucidité et la clarté portées sur ce qui nous blesse ou nous manque. Méditer nous aidera à retrouver en nous de la disponibilité pour dégager un espace intérieur dans lequel nous pourrons nous donner du réconfort et nourrir ainsi – au moins en partie – notre besoin de compréhension et de compassion. Nous pourrons mieux nous adapter à la situation émotionnelle et retrouver la sérénité et le bien-être intérieurs afin de poursuivre notre chemin et vivre bien ce qui se présentera comme nouveau.

Adieu tristesse, bonjour tristesse Chanson de Juliette Gréco

Tristesse : approche philosophique, littéraire et psychologique afin de renforcer la motivation à méditer pour que la tristesse se fasse mouvement et continuer à avancer malgré tout

Adieu tristesse, bonjour tristesse

Tristesse : approche philosophique, littéraire et psychologique afin de renforcer la motivation à méditer pour que la tristesse se fasse mouvement et continuer à avancer malgré tout
Tristesse : approche philosophique, littéraire et psychologique afin de renforcer la motivation à méditer pour que la tristesse se fasse mouvement et continuer à avancer malgré tout